Selon le compositeur Anthony Rouchier, cette réadaptation permet de rendre hommage à une oeuvre aussi culte que La Belle et la Bête, tout en redonnant un nouveau souffle au ballet, un style classique en perdition

Aimer est au cœur du célèbre conte La Belle et la Bête que l’Opéra-Théâtre de Metz a réadapté en ballet du 14 au 17 mars 2024. Cette mise en scène a réinterrogé tous les spectateurs sur leur façon d’aimer. … 

Dans le film qu’a réalisé Jean Cocteau autour de La Belle et la Bête, lorsque la Belle (interprétée par Josette Day) assure à la Bête qu’elle l’aime bien, Jean Marais lui répond : “il y a une grande différence entre aimer et aimer bien”. L’histoire raconte comment une fille contrainte avec une Bête après que son père ait cueilli une rose interdite finit par tomber amoureuse du monstre. Le conte pose d’emblée la question du gouffre à franchir pour arriver à aimer.

“Si on parle d’aimer, on parle forcément de beauté intérieure”, explique le chorégraphe Julien Guérin. Il relève qu’aujourd’hui l’importance est beaucoup accordée au physique avec des sites de rencontre qui valorisent les photos plutôt que la personnalité.

Le chorégraphe s’est attaqué à un sujet universel qui inspire. “Aimer, c’est partager, comprendre, soutenir, conseiller, ne pas tout accepter, oser dire et surtout oser faire”, commente à la sortie de la représentation Laurent, 50 ans. C’est aussi une émotion qui peut déboussoler. Pour Marie, 58 ans, “C’est comme un diamant : il y a tellement de facettes qu’on ne peut en voir qu’une”. Force et espoir entrent aussi en compte. “C’est l’envie de faire naître des choses qui n’existent pas encore”, acquiesce Timothée Bouloy, danseur dans le rôle de la théière.

Un sujet central pour tous

“Le fait d’être aimé est toujours une quête perpétuelle”, dit Gérard, 72 ans. Mais il n’y a pas d’âge pour parler d’amour. “Dès l’enfance, la question d’aimer se pose car la première relation est celle d’un jeune et sa mère”, explique Muriel Bickel, psychologue à Longeville-lès-Metz. Des interrogations qui éclosent jusque dans les cabinets : elle admet qu’une grande part des consultations concerne les relations amoureuses.

De drôles de façons d’aimer

“Aimer, c’est l’un des plus grands mystères de cette Terre”, déclare Maël, 14 ans. Il est vrai que réfléchir avec son cœur plus qu’avec son cerveau amène à des actes farfelus. “Quand mon fils avait 6-7 ans, il a escaladé le grillage chez sa copine pour faire griller un crocodile en plastique sur le barbecue et lui offrir”, s’esclaffe la psychologue. De curieuses manières de manifester son amour qui peuvent durer. “Se retenir d’étouffer, serrer fort, tapper et mordre la personne qu’on aime“, énumère Charlotte, âgée de 17 ans.

Aimer, c’est aussi jongler avec toutes sortes d’émotions. “Parfois ça donne des papillons dans le ventre, du réconfort ou un peu de tristesse”, pense Bastien, 22 ans. Un sentiment si intense que le rapprocher de la haine est aussi irrationnel que juste.

“Une passion destructrice”

“Aimer, c’est croire à une variable qu’on ne maîtrise pas : à la fois le pouvoir de l’humanité et sa malédiction”, résume Philipo, Wallisien. De quoi rappeler une rose, avec ses pétales et ses épines…

Pour Maxence, 24 ans, aimer relève même de l’addiction. “La passion est par définition destructrice et éphémère”, alerte Muriel Bickel. Il a été prouvé que l’amour  de nos parents influence notre façon d’aimer. “Mais rien n’est irréversible : un travail sur soi peut changer sa vie, des rencontres aussi et surtout la confiance en soi”, conclut-elle.

Elsa MARAUD