Pour la première fois, le Parti pirate français présentera des candidats lors des législatives de juin. Ce jeune parti espère ainsi faire mieux connaître son combat pour la défense des internautes.

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Les pirates reviennent à la mode en France, à la différence près qu’ils n’écument plus les mers mais naviguent sur Internet. Le Parti pirate français veut faire entendre ses idées aux prochaines législatives en présentant une cinquantaine de candidats. Ce mouvement a été fondé en 2006 à la suite du Parti pirate suédois, la branche historique, avant de devenir officiel en France en 2009.  Le parti veut défendre les droits fondamentaux de la vie privée des internautes. « Il a été créé face à des lois ou des projets comme Loppsi (Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure) », explique Christophe  Palisser, trésorier national et responsable de la section alsace. « La question du copyright est aussi importante pour nous, pourquoi une œuvre devrait rester 70 ans dans le domaine privé après la mort de l’artiste ou de l’auteur ? » Ces cyber-pirates tendent également à aborder d’autres problèmes mais Internet reste au centre de leur combat. Ils ont d’ailleurs rédigé, comme d’autres partis, une Déclaration des Droits de l’internaute.

Un mouvement de plus en plus connu

parti_pirateDepuis sa naissance, le mouvement ne cesse d’augmenter et comprend aujourd’hui 53 sections nationales réparties dans le monde entier. Elles sont toutes fédérées au Parti pirate international (PPI) qui apporte  une cohésion aux différentes revendications. En France, le parti est implanté dans la plupart des grandes villes et spécialement en Île-de-France mais ne compte que 180 membres alors qu’ils sont plus de 20 000 en Allemagne. « C’est un contexte particulier en France », se désole Christophe Palisser. « Beaucoup de gens sont dépités et ne pensent pas qu’on puisse faire changer les choses, ils préfèrent rester dans leurs pantoufles. » Mais cela n’empêche pas le Parti pirate français d’être de plus en plus connu grâce à son opposition à la fermeture du site de téléchargement Megaupload ou au traité international Acta (Accord commercial anti-contrefaçon). « De plus en plus de gens s’intéressent aux problèmes liés aux lois (Hadopi, Sopa…) et on tente de les sensibiliser », indique Christophe Palisser. « On veut mettre en place des outils sur Internet pour permettre d’avoir une relation constante avec les adhérents puis dans l’avenir avec la population. »

En 2012 pour la première fois, le Parti se présente à une élection nationale. Il a déjà participé en 2009 à une législative partielle dans les Yvelines récoltant 2,08 % des suffrages. Cette année, ils espèrent faire des chiffres comparables à ceux de la Suède (7,1 % aux élections européennes de 2009) ou de l’Allemagne (8,9 % aux législatives locales de Berlin en 2011). S’ils ne passent pas le premier tour, ils devraient appeler à voter pour Europe Ecologie-Les Verts. « C’est le PPI qui établit ce principe pour tous les PP. Nous sommes organisés un peu comme les écologistes. Nous n’avons pas les mêmes conceptions mais des idées se retrouvent. »

Préparatifs en Alsace

La section alsacienne du parti a officiellement vu le jour en octobre 2011. Mais ses adhérents travaillent depuis l’été dernier pour la mettre sur pieds. Elle compte actuellement 22 membres qui s’investissent afin de la faire connaître. La section cherche à se développer, notamment dans le Haut-Rhin, où elle est moins présente.  La chose n’est pas aisée dans une Alsace réputée conservatrice. Mais la section continue d’avancer « le plus dur c’était au début » se rappelle Christophe Palisser. Il est membre du parti depuis juin 2009. Avant il avait du mal à se situer politiquement, tout comme les autres adhérents de la section alsacienne : « Beaucoup d’entre nous n’ont aucune affinité politique ». Même si pour l’instant les membres, dont la moyenne d’âge est de 30 ans, sont « essentiellement issus de l’informatique », le parti est ouvert à tous. Leurs activités militantes sont pour l’instant axées sur la toile, mais les pirates alsaciens veulent aller sur le terrain expliquer aux électeurs leurs positions et les sensibiliser aux problèmes auxquels ils s’opposent.

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Le parti pirate alsacien a été créé en octobre 2011

Comme dans toutes les autres sections présentes en France, les pirates alsaciens se préparent aux futures élections législatives. Six membres souhaitent se présenter en juin prochain, mais pour le moment rien n’est clairement établi. Ces élections sont capitales pour les pirates « Nous, on veut faire changer les lois, c’est pour ça qu’on se présente aux législatives », explique Christophe Palisser. « Une présence à l’Assemblée nationale permettrait de lutter contre des lois comme Hadopi ou Acta ». Ces pirates modernes semblent donc décidés à compter dans le paysage politique français. Ils devront pour cela réussir le passage de la toile aux urnes.

Jérémie Nadé et Jules Rigobert