Du 16 au 20 février, les étudiants en deuxième année de licence arts du spectacle de l’île du Saulcy, ont dû faire face à un défi de taille. Créer une pièce de théâtre en une semaine lors du Bazar d’art. Nous sommes allés à leur rencontre le 23 mars, lors de leur seconde répétition, avant la représentation finale le 20 mai. 

A la Maison de l’étudiant sur le campus du Saulcy à Metz, les cris se mélangent aux sons des guitares accordées dans un vacarme harmonieux. Aucun doute possible, l’art s’exprime ! L’origine de ce ramdam ? Les étudiants en deuxième année de licence arts du spectacle de l’université de Lorraine. Dans le cadre d’un de leur cours, ils doivent créer une pièce de théâtre entière de A à Z. Et comme si l’enjeu n’est pas suffisant, le tout en une semaine de préparation ! Cinquante étudiants se sont mis d’accord sur une seule et même ligne directrice pour la pièce de théâtre. «C’était compliqué au début», nous confie Cédric, étudiant du pôle communication. Le spectacle s’est formé du 16 au 20 février. «Nous avons deux répétitions avant le jour de l’unique représentation : les lundis 2 et 23 mars», complète l’étudiant. Une chose est sûre, il y a du pain sur la planche. Mais à l’aube de leur deuxième répétition où en sont-ils ?

Laurent Vacher, metteur en scène et Guillaume Walle, réalisateur et motion designer indépendant, ont repris l’année dernière le Bazar d’art, le nom donné à ce projet de spectacle ambitieux. Les 50 étudiants sont répartis en différents pôles : un groupe pour l’écriture de la pièce, un groupe de comédiens, un groupe pour le décor, un groupe de musiciens, le pôle costumes, le pôle communication ou encore le pôle vidéo.

En plus d’un bon scénario et de bons acteurs, il faut une bonne musique pour faire une œuvre marquante. Crédit Photo : Colline Blin

Une pièce écrite en une semaine

Cette année, le thème imposé est la métamorphose à travers l’inspiration de plusieurs œuvres comme L’Étrange Cas du docteur Jekyll de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson ou les Carnets de Londres de Lorenza Mazzetti. Dans ces deux romans, on retrouve la double identité des personnages principaux. D’un côté celle du docteur Jekyll qui se transforme en monstre violent aux penchants plus sombres sous le coup d’une drogue. De l’autre, celle de Lorenza Mazzetti qui, brisée par la seconde guerre mondiale, essaie de reprendre une vie normale à Londres tout en luttant contre ses souvenirs, la pauvreté et la violence du passé. Les étudiants ont aussi dû prendre en compte la métamorphose de Kafka dans leur pièce.

Le pôle écriture a écrit la pièce de théâtre en seulement trois jours, composée de 4 actes et 13 scènes. Ils se sont directement inspirés de ces trois œuvres pour écrire la pièce.

«J’ai eu l’idée de faire une pièce de théâtre dans une pièce de théâtre. C’est-à-dire que chaque rôle, chaque personne, va jouer un personnage d’un de ces univers. Il y aura Lorenza qui sera le personnage principal de la pièce. À côté de ça, il y aura Hyde et Jekyll qui sont deux personnages différents qui vont jouer un peu sur leur personnalité.» raconte Johan, étudiant du pôle écriture.

La pièce inventée dépeint l’histoire d’une troupe de théâtre préparant une pièce pour un grand spectacle. L’un des personnages principaux est un metteur en scène toxique prenant un malin plaisir à rabaisser ses acteurs. Face à cette tyrannie, les différents comédiens vont se rebeller contre lui et commencer à être impacté par l’esprit fourbe de Mr Hyde. «Il y a un moment dans la pièce, où les personnages vont se transformer, en référence à Mr Hyde et il va un peu les contaminer. Chacun va alors dire quelque chose qu’il a fait dans sa vie et qu’il souhaite cacher. Ce qui les force à en révéler plus au public et à leurs camarades.» ajoute Mélodie, aussi du pôle écriture.

Un “Incroyable défi”

Tous sont unanimes, cette pièce les a fait grandir. Sydney et Antoine interprètent chacun un personnage, à savoir Mr Hyde pour la première et le metteur en scène pour le second. Sydney “aime faire du théâtre. Il n’y a pas moyen que je ne fasse pas comédienne”, affirme-t-elle. Elle complète : «C’est cool de pouvoir jouer les méchants, on peut tuer qui on veut sur scène, c’est bien», plaisante-elle. Jouer devant autrui permet de lutter contre le regard des autres. Pour Antoine, interpréter une pièce écrite en seulement cinq jours est «un incroyable défi». C’est une chorégraphie très technique qui a été demandée aux étudiants en L2, il fallait être efficace et arriver à fournir un texte, un décor, une musique et des costumes en un temps record. «Tout le monde devait participer et tout le monde a participé», synthétise finalement Antoine.

Pour jouer à la perfection le personnage, il faut ressembler au personnage. Crédit Photo : Colline Blin

Une pièce qui fait écho à la société

Pour les étudiants, la pièce qu’ils ont créée est un miroir de la réalité. «On disait que ça faisait un peu écho à la société le fait de cacher un petit peu certaines phases de notre personnalité aux autres. Il y a un peu la personne qu’on est en public et la personne qu’on est en privé. Et justement, je trouve que cette pièce, elle permet de se reposer la question à soi-même, de se dire qui je suis vraiment, qui j’ai envie d’être et ce que je veux montrer au public», ajoute Emma du groupe comédie. Agir sans avoir peur du regard des autres, c’est ce que chacun des 50 étudiants a pu expérimenter pendant ce travail intensif. «Il y a tout le monde qui a réussi à faire des choses excellentes dans chaque groupe. Ce qui est bien, c’est que ça a permis de montrer comment travailler en équipe, parce qu’il y en a qui ont des visions différentes d’autres, qui veulent être entendus, et c’est normal.», conclut finalement Cédric, du pôle communication. La pièce n’est malheureusement pas ouverte au public. Elle est principalement réservée aux étudiants en arts du spectacle. C’est sur la scène du BMK de l’île du Saulcy le 20 mai que les futurs comédiens, réalisateurs, costumiers et musiciens pourront mettre à profit ce qu’ils ont appris et répété pendant la semaine du Bazard’art.

Un article de Lucie Millet et Erwin Colin