Surprise mardi 8 novembre, malgré un suffrage majoritaire à plus de 61  millions en faveur d’Hillary Clinton, c’est finalement le candidat républicain Donald Trump, qui remporte la course aux grands électeurs. Impliqués tous les 4 ans dans ce scrutin, ces représentants sont la clé de son élection.

Un pourcentage de votes exprimés en deça de Clinton, une majorité de grands électeurs, Trump président. Mathématiquement c’est impossible. Sauf que si. Nous sommes aux Etats-Unis, la terre de l’American dream où chacun peut réaliser ses rêves et même ceux du candidat républicain. Et où (accessoirement) le système électoral repose sur un suffrage universel indirect, responsable de ce paradoxe démocratique.

Une élection à deux vitesses

C’est le principe du suffrage universel indirect. Ce 8 novembre, les citoyens américains ont choisi dans chaque état leurs grands électeurs : au total 538 personnes représentent les 50 états. Pour faire simple, ce sont des militants républicains ou démocrates, désignés en remerciement de services rendus au parti. Par la suite, ils éliront le président américain et son vice-président au Congrès, la Chambre de ces représentants, le 12 décembre prochain.

Aujourd’hui, 61.7 millions de suffrages ont été exprimés en faveur de la candidate Hillary Clinton soit 47.89%. Les américains ont donc désigné leur intention de vote, qui sera véhiculée par les grands électeurs dans un deuxième temps. Au prorata de la population, cela se traduit par une majorité de citoyens ayant souhaité l’élection de la candidate démocrate.

L’effectif des grands électeurs variable

Que faire des 60,8 millions d’intentions amassées par Donald Trump ? Poubelle ? Certainement pas ! L’élection présidentielle consiste à obtenir la majorité des grands électeurs, en faveur du binôme d’un parti. Le vote populaire demeure ainsi secondaire car la condition sine qua non pour devenir président des Etats-Unis est d’obtenir au moins 270 voix sur les 538 représentants de ce collège.

Seulement, le nombre de grands électeurs varient selon les états. Les plus imposants, comme la Californie, compte par exemple jusqu’à 55 grands électeurs ! Un enjeu stratégique pour une telle élection, dans laquelle ces représentants ont finalement le dernier mot. Le jeu de cette campagne se résume à convaincre en priorité les états dits “clés”, disposant d’un maximum de grands électeurs.

Le principe du «winner takes all», une chance pour Trump

La plupart des états (48/51) pratiquent le principe du Winner Takes All, le candidat qui arrive en tête dans un état remporte donc la totalité des voix des grands électeurs. Ici, Trump remporte la Floride comportant 29 grands électeurs avec 49.6% des suffrages contre 47.76% pour la candidate démocrate. La différence d’un point avec son adversaire suffit pour rafler l’ensemble de ces gouverneurs.

Même si le vote populaire désignait Hilary Clinton, le candidat républicain vous a bien tr[u]mpé.

Donald Trump remporte l'élection avec 290 grands électeurs.
Donald Trump remporte l’élection avec 306 grands électeurs.

Est-ce une situation inédite ?

Depuis cette élection, c’est arrivé 4 fois dans l’histoire de la présidentielle américaine. En 1876, Rutherford Birchard Hays est élu président avec 48% du vote populaire, contre 51% pour Samuel Jones Tilden. Le vote des grands électeurs a été très serré : 185 pour 184.

Une vingtaine d’années plus tard, en 1888 : Benjamin Harrison n’obtient que 48% des votes contre Grover Cleveland (49%). Néanmoins le scrutin des grands électeurs est en faveur du candidat minoritaire.

Dernièrement en 2000, George W Bush a vaincu Al Gore de cette même façon. 47.87% des électeurs américain se sont prononcés pour l’ex président contre 48.38% pour son adversaire démocrate. Il remporte de peu l’élection au Congrès : 271 représentants pour 268.

 

4 minutes chrono pour comprendre la présidentielle américaine 2016

Kévin Bressan et Marine Schneider