Fouad Harjane manifeste avec la CNT contre la réforme des retraites à Metz en 2010.

 

La Confédération nationale du travail (CNT), syndicat anarchiste, est connue pour ses prises de positions fortes et sans concession sur la scène politique. Webullition a rencontré Fouad Harjane, secrétaire confédéral en charge des relations avec les médias pour en apprendre plus sur leurs actions et leur idéologie. Sans oublier leur avis sur la politique du nouveau président.

Après les promesses de François Hollande, c’est le temps des désillusions. Fouad Harjane ne mâche pas ses mots : “C’est une catastrophe pour le monde du travail, pour les classes populaires.” Les sources de mécontentement sont nombreuses, à commencer par l’emblématique réforme des retraites. Le candidat Hollande promettait un retour à la retraite à 60 ans. Finalement, l’âge de départ a été repoussé et la durée de cotisation allongée. “Pire que Sarkozy” lâche Fouad, amer, pour qui le nouveau président n’est différent que dans sa dialectique, moins agressive. “La violence de la réforme passe inaperçue devant la douceur des propos” affirme-t-il.

“Ils cherchent à casser le syndicalisme de lutte”

La rupture remonte à l’accord « compétitivité emploi ». Pour la CNT, “l’une des premières lois [du gouvernement Ayrault] en défaveur des travailleurs”. Datant de janvier, ce texte garantit pour une durée limitée le maintien de l’emploi en France en échange de gains de productivité. Ces derniers se traduisent par des hausses des cadences, du temps de travail,… Les salariés qui n’ont pas de syndicats forts pour se défendre s’en trouvent “fragilisés”. Une situation qui inquiète la CNT qui voit dans cette loi une manœuvre misant à mettre fin à la tradition d’action directe des syndicats français. “Le gouvernement s’appuie sur des syndicats réformistes comme la CFDT et fait croire à une négociation, à du gagnant-gagnant, alors que c’est du gagnant-perdant”.

Hollande au côté du MEDEF ?

Une position que François Hollande assumerait clairement. “Il a choisi son camp” tranche Fouad “celui du MEDEF, des patrons. Il donne des gages à la bourgeoisie”. L’enterrement de la mesure de l’amnistie sociale pour les syndicalistes reflète ce changement de bord du président, lequel ne passe pas au sein de la CNT. La mise en veille de cette mesure place une épée de Damoclès au-dessus de la tête d’une centaine de syndicalistes parmi lesquels Fouad. Le jeune homme a été condamné à payer 40 000 euros de dommages et intérêts à la SNCF suite à un blocage collectif de la gare de Metz en 2006.

Ces nombreuses “trahisons” n’ont pas pour seule conséquence de casser le lien qui aurait pu exister entre le gouvernement et la CNT. Pour Fouad, “le gouvernement d’Hollande est social libéral. Sa politique ne peut mener qu’à une seule chose : la montée de l’extrême droite”. Une partie de ceux qui ont voté Hollande sont aujourd’hui déçus. Le “peuple de gauche” se retrouve “dépité, désemparé” après avoir espéré pendant si longtemps. Une situation tendue qui, selon le jeune homme de 33 ans, risque d’aboutir à un soulèvement de la population ou à l’arrivée au pouvoir du FN.

[toggle title=”“Les bonnets rouges ? Des poujadistes””]

Si la CNT considère important de créer une dynamique « inter-organisationnelle », elle refuse de se voir affilier avec les bonnets rouges. Un mouvement de “petits patrons qui ne veulent pas payer d’impôts” qui n’inspire aucune sympathie à Fouad. “Ils sont bien protégés quand même”. Il observe une différence claire en termes de répression selon le profil des manifestants. Elle serait beaucoup plus forte pour des faits moins graves si le mouvement était authentiquement ouvrier, comme ce fut le cas en 2006 avec le CPE ou encore en 2010 avec les retraites. Un traitement différent qui soulève de nombreuses questions, auxquelles Fouad a une réponse toute trouvée : “Les petits patrons, il faut les choyer. Ils créent de l’emploi, il paraît”.

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Minoritaires mais actifs

En tant que syndicat minoritaire, la CNT adopte la “méthode du point d’appui” pour faire progresser ses idées. La stratégie consiste à développer un maximum de sections syndicales dans les entreprises. La confédération peut alors “s’exprimer, tracter, participer aux assemblées souveraines” et essayer d’influencer les autres sections syndicales. Il n’y a pas de concurrence pour Fouad : “Tant qu’un ouvrier est syndiqué et combatif dans son entreprise, c’est notre camarade”.

La CNT cherche à se développer dans un cadre interprofessionnel. L’idée est que les entreprises en lutte soient solidaires entre elles. Lorsqu’il y a une revendication sur un site, les équipes de chaque section se déplacent “pour soutenir les copains”. Fouad explique qu’il faut “montrer aux ouvriers que l’organisation syndicale est crédible et active“. Avec pour finalité “la prise en main des travailleurs par eux-mêmes, pour construire une société autogérée.

Bien que minoritaire, la confédération se considère influente et réactive. “Ok, on peut être dur, mais nous, tu ne nous corromps pas” affirme Fouad. La CNT fait ainsi une distinction nette entre les syndicats. Ceux considérés comme affiliés au gouvernement, CFDT en tête, et les autres, comme la CGTqui sait bien bosser”. Avec 80 à 100 adhérents en Moselle, Fouad reconnaît néanmoins que leur champ d’action est limité.

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