Troupe née récemment, Les Effrontées ont créé leur première pièce, qui met en lumière un sujet encore trop peu médiatisé : les règles. « Mon corps est une maison qui brûle » est une pièce percutante sur les menstruations et les maladies gynécologiques, telles que l’endométriose, l’adénomyose ou encore le syndrome des ovaires polykystiques. Retour sur leur processus de création. 

Fiona Sestito et Anthéa Marques, cofondatrices de la troupe, sortent du Conservatoire de Metz. A deux, elles se complètent. « C’était évident, de fonder cette compagnie toutes les deux. On a envie de réaliser plus de projets ensemble », explique Anthéa. Chez elles et entre les autres comédiennes, la complicité se ressent. Liées par leurs études, Fiona explique justement : « Être ensemble au conservatoire permet de voir comment les autres jouent. Par exemple Jade, tout est poétique chez elle. Elle a quelque chose de très doux », confie-elle, « Aimie a un côté plus brutal et une diction davantage théâtrale. Quand tu parles des menstruations, c’est un peu nécessaire. »

« Ne plus se taire ou lisser nos propos ».

L’idée de la pièce est présente chez Fiona, co-fondatrice de la troupe, depuis plus de trois ans. Diagnostiquée d’une adénomyose, lui insufflant des règles très douloureuses, elle décide, pour l’examen de deuxième année du conservatoire, d’exprimer ses douleurs sur scène : « Quitte à avoir mal, autant faire quelque chose », confie-t-elle. Couplée à une expérience dans l’éducation nationale qui lui a permis de voir à quel point les règles restaient un sujet tabou, et que la peur ou la honte persistaient, son idée de briser ce cycle murit. 

La première pièce de la troupe va dans ce sens.  Anthéa explique : « En tant qu’artiste, il y a des sujets qu’on porte et qui n’ont pas forcément l’espace pour en parler. Avant, on était bridées avec les études. Maintenant, on peut se permettre de parler de ce qui nous touche vraiment », confie-elle en souriant. Elle poursuit : « On n’a plus envie de s’excuser de défendre des sujets engagés, de dire les choses qu’on a sur le cœur », affirme-t-elle. Se démarque donc l’idée de vouloir dire les choses crument, « Sans mettre trop de filtre ou enjoliver », complète Jade Allais, comédienne. 

Aujourd’hui, l’idée s’est concrétisée. Le travail a commencé en septembre dernier. La pièce est lue par trois comédiennes, aux rôles interchangeables, pour représenter le plus de femmes possibles. Dans les mots finement choisis s’inscrit la volonté de « Dédramatiser tout en mettant en lumière celles qui peuvent subir les règles » explique Fiona. La pièce reflète également le mantra de l’équipe : partir de soi pour toucher l’universel. Elles expliquent : « Il faut que ce soient des sujets qui nous touchent personnellement, nos propres ressentis et vécus pour pouvoir s’en imprégner, le repartager et toucher les autres. » 

Écrite à partir de témoignages recueillis, la pièce reflète donc des expériences vécues. Un aspect important pour Fiona, qui souligne que les personnes les mieux placées pour parler sont celles malades. Le titre de la pièce – Mon corps est une maison qui brûle – est d’ailleurs une citation d’une personne ayant témoigné. Après ce travail d’écriture, fait par l’autrice Rachel Finger, les jeunes comédiennes ont mis en scène les bouts de vies de toutes celles ayant témoignés. Jade, comédienne, explique : « Ce n’est pas de la vulgarisation scientifique, mais vraiment une traversée à partir des ressentis et de l’expérience de vie des personnes qui ont témoignées ».  

Les comédiennes aimeraient que la pièce créé du questionnement, et donne l’envie d’en apprendre plus sur le sujet. L’idée est aussi que les gens repartent avec des réponses à leurs questions : « Après une représentation, on souhaite faire un « bord-plateau », soit pouvoir échanger avec le public, qu’il puisse poser des questions », explique Jade, « En général, on essaie de convier une personne issue d’une association qui sensibilise à ces thématiques, comme EndoFrance (Association Française de lutte contre l’endométriose », pour intervenir sur la partie plus scientifique et médicale ».

Un objectif double : « donner la parole et sensibiliser »

Les comédiennes s’accordent sur un des objectifs de leur travail : permettre aux femmes de s’identifier, de se questionner, et d’aller se renseigner sur leurs douleurs. A l’inverse, pour celles ou ceux qui ne les subissent pas, la pièce vise à amener à une meilleure compréhension de ces douleurs. Les Effrontées aimeraient d’ailleurs un public avec davantage d’hommes. « Le jour où on arrivera à avoir un maximum d’hommes dans la salle c’est qu’on pourra toucher encore plus de personnes », confie Fiona, « C’est important que les hommes le voient ».  Jade insiste sur cette idée de sensibilisation : « Il faudrait que les gens agrandissent leur carte du monde, que ce que vivent les autres personnes soit mis en lumière. », avant d’ajouter « C’est aussi une pièce où ça rit, avec des moments plus touchants. On fait voyager dans les émotions. C’est une pièce touchante et joyeuse ». Mon corps est une maison qui brûle veut exposer la réalité de nombreuses femmes, susciter de l’empathie et changer les choses au niveau mental et moral. « Je pense que la pièce peut continuer longtemps, qu’il y en aura toujours besoin », témoigne Fiona. 

Objectif à venir : toucher des publics plus jeunes

Les Effrontées sont aujourd’hui à la première étape de travail après la sortie de résidence : une lecture théâtrale. Le texte est donc pour l’instant présent dans la mise en scène, mais la forme est vouée à changer, pour devenir une pièce de théâtre. De plus, la troupe souhaite élargir son public : « A l’avenir, on vise aussi des publics plus jeunes. On aimerait se tourner vers des établissements scolaires, pour amener cette thématique des menstruations et des maladies gynécologiques auprès des jeunes ados. » explique Jade. Toucher des publics plus jeunes demandera un retravail du texte car à l’heure actuelle, la pièce contient quelques textes assez durs pour cette tranche d’âge.

La prochaine lecture de Mon corps est une maison qui brûle aura lieu le 6 mars, à Villerupt. L’occasion pour la troupe de proposer sa première représentation auprès de collégiens et de contribuer, à sa façon, à l’évolution des choses. 

Mya Brout