Les vélos de la start-up Indigo Weel peuvent être empruntés n’importe où et déposés à presque n’importe quel endroit. Bienvenue à l’ère du libre-service, lancé à Metz en décembre. Simples, rapides et accessibles, encore faut-il que ces vélos résistent  aux incivilités.

 

Dans le centre-ville de Metz, impossible de les rater. Les vélos de la société Indigo Weel sont partout depuis fin décembre 2017. En France, le libre-service vient enterrer les Vélib’ et autres Velomet’ locaux. Un concept qui reste soumis aux risques de vandalisme. La start-up a installé son atelier dans les locaux du TCRM-Blida.

Quatres salariés s’occupent de gérer les quelques 300 vélos déposés en ville. “ On utilise un vélo et on le repositionne où on veut, sans station fixes. Mais il y a quelques contraintes ”, explique Julien Thierus, responsable du déploiement d’Indigo Weel à Metz.

Un utilisateur vient de trouver un Indigo Weel et s’apprête à le déverrouiller – Clément Di Roma

Metz,  la grande première de Weel

Émilie Essert, Responsable de la cellule Eco-Mobilité à Metz Métropole.

On avait un vélo en location longue durée, mais pas de vélos en libre-service ”, indique Émilie Essert est responsable de la cellule Eco-Mobilité à Metz Métropole. Le choix de la collaboration de Metz et Indigo a semblé logique, étant donné que l’entreprise est déjà en charge “ du déploiement d’abris vélos ”. Indigo gère aussi les parkings voitures de la ville.

Émilie Essert précise que cette collaboration n’est pas un marché. La mairie ne finance pas l’implantation du free-floating, “c’est vraiment une société privée qui vient s’implanter”.

 

Pour Julien Thierus d’Indigo, Metz est une ville “ pilote ”. Un choix d’implantation justifié par “ un très bon relationnel avec les collectivités ”. Ce responsable explique qu’ils ne s’implantent “ seulement si les collectivités nous acceptent ”.

Un Indigo Weel en centre-ville, à côté des arceaux à vélos – Clément Di Roma

La métropole a demandé à Indigo d’installer ses parkings sur des arceaux et d’éviter certains lieux, comme le cimetière de Metz ou la Place de la République. Il est important de collaborer pour “ leur faire comprendre ce qu’on attend de ce service, ce qu’on veut et ce qu’on ne veut pas. On est en lien 2 fois par mois sur toutes ces questions là. Ils lancent quelque chose avec notre appui, donc on est assez attentif ”, indique Émilie Essert.

Julien Thierus confirme ce “ vrai travail en collaboration ”. La start-up transmets à Metz les données tirées des “ vélos géolocalisés. Ça nous permet de faire des statistiques sur les itinéraires et ensuite de les transmettre à la ville ”.

 

Encore un peu d’effort pour les pistes cyclables

Selon Émilie Essert, “ bien sûr ” que l’implantation du free-floating – libre-service – vient s’inscrire dans une politique urbaine qui privilégie le vélo. Les pistes cyclables continuent pourtant de se faire rares dans certains quartiers. Mais cela pourrait vite changer. Dorénavant, “ la métropole a les compétences [pour aménager les pistes, ndlr]. Une étude a été réalisé pour prioriser les aménagements cyclables là où ça manque ”.

Les parkings d’Indigo Weel se font plus rares hors du centre-ville. Quelques quartiers sont délaissés par le service. Une critique qu’il faudrait d’abord adresser “ à la collectivité […] plutôt qu’à Indigo ”. La responsable de l’éco-mobilité assure que des efforts sont faits “ pour doter les secteurs manquants d’arceaux vélos ”.

Un vélo en libre-service au campus du Saulcy – Clément Di Roma

Dans ce sens, la collaboration avec la start-up pourrait permettre à la collectivité d’améliorer ses services d’infrastructures pour cyclistes. “ Indigo Weel s’engagent à partager avec nous leurs données. L’idée c’est d’identifier, via des sortes de cartes de chaleurs, les secteurs où les personnes se garent le plus, ont des besoins et mettre en parallèle avec nos données ”, affirme Émilie Essert.

 

La crainte d’un échec ?

Émilie Essert s’inquiète, puisque le libre-service “ pose beaucoup de questions par rapport à l’encombrement de l’espace public. On se retrouve avec des vélos épaves avec des sociétés qui ne gèrent pas « . La responsable de l’éco-mobilité souligne qu’au niveau juridique, “ on est sur des services nouveaux pas clairement encadrés par la loi ”.

« On se retrouve avec des vélos épaves avec des sociétés qui ne gèrent pas » – Émilie Essert

oBike, une autre entreprise de free-floating, a vu une partie de sa flotte partir dans la rivière Limmat, à Zurich en Suisse. Les habitants n’ont pas acceptés l’intrusion urbaine et en octobre 2017, oBike a battu en retraite. Gobee a récemment jeté l’éponge à Lille et Reims, Paris mais aussi à Bruxelles. Le motif ? Trop d’engins vandalisés.

Metz Métropole est consciente des risques que pose le libre-service pour l’espace publique, mais ne craint pas l’échec du concept à Metz. Émilie Essert fait confiance à Indigo et évoque “les moyens importants” mobilisés par l’entreprise. Elle défend leur volonté de faire “quelque chose de bien, sachant qu’on est la première ville avec qui ils travaillent”. Selon E. Essert, la start-up veut soigner son image ; “Eux aussi veulent un service qui fonctionne. C’est un investissement lourd et on sait qu’ils seront vigilant”.

L’atelier d’Indigo Weel, dans la grande serre du TCRM-Blida – Clément Di Roma

Installer des centaines de vélos du jour au lendemain dans un espace urbain où même les murs ont du mal à s’en sortir sans tâches, voilà un investissement risqué. Et miser sur le civisme des messins pourrait être un pari de courte durée.

L’inquiétude principale de la métropole semble être le potentiel gêne du “cheminement des piétons”, si les vélos sont mal garés. Émilie Essert compare l’échec de Lille avec le bon début de libre-service messin ; “Lille [travaillait, ndlr] avec une société chinoise, sans partenariat avec la collectivité, c’est pas du tout la même démarche ”. D’ailleurs, à Metz, “on aurait pas réservé le même accueil à une autre société ” qu’Indigo Weel.

On va pas juste déposer les vélos et laisser couler » – Julien Thierus

Dans les locaux d’Indigo au TCRM-Blida, Julien Thierus soutient les propos de Metz Métropole ; “On va pas juste déposer les vélos et laisser couler. On travaille dessus en tant qu’exploitants, on a un atelier, une équipe locale et on intervient régulièrement pour récupérer les vélos vandalisés ”. Sur les 300 vélos déployés en ville, il y aurait pour l’instant “peu de vandalisme, c’est surtout des béquilles ou des paniers cassés. ”, soutient le responsable.

Une équipe de 4 salariés s’affaire à gérer et réparer les vélos, dans l’atelier de Blida – Clément Di Roma

Les incivilités semblent être le seul moyen d’arrêter le développement du free-floating en Europe. La quantité massive de vélos dans certaines villes – 1.000 Indigo à Bordeaux – signifie une forte probabilité d’en trouver près de chez soi. Une solution de déplacement utile, propre et durable, si elle n’est pas jetée dans un cours d’eau quelconque.

 

Bientôt deux roues de plus ?

Au printemps, Indigo Weel prévoit 200 vélos supplémentaires. Une progression “adaptable” selon le responsable du Grand Est. “Si on voit que 300 suffisent, on en restera là. […] L’idée c’est de ne pas congestionner la ville”, affirme-t-il. Uniquement implantés à Metz en décembre, les bicyclettes sont maintenant présentes “à Many, Montigny-lès-Metz,  Longeville, Saint-Julien-lès-Metz et Le Ban-Saint-Martin”.

Julien Thierus, Responsable du déploiement d’Indigo Weel à Metz – Alexis Zema

Indigo Weel travaille sur d’autres véhicules en libre-service. La start-up parle de “vélos et scooters électriques. Pour Metz, on réfléchit à la voiture électrique”. La métropole est plus prudente sur ces nouveaux concepts. L’auto-partage est déjà assuré par “Citiz qu’on soutient et accompagne. Qu’un opérateur unique soit stable, c’est déjà bien”. Pour Émilie Essert, des questions juridiques se posent, pour “savoir comment une ville peut s’opposer à l’auto-partage”, pour éviter un trop-plein d’opérateurs dans le futur.

 

Clément Di Roma