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Pas de balle au centre pour Knauf

Le fabricant d’isolants Knauf souhaite implanter une usine de laine de roche à Illange. Un mouvement citoyen s’est organisé à la suite de cette annonce, en formant un collectif anti-Knauf. Entre défenseurs de l’environnement, décideurs et habitants du bassin d’Illange, le match est serré.

 

« Knauf ne doit pas devenir le bouc émissaire d’une problématique environnementale propre à notre territoire », averti Patrick Luxembourger, maire de Terville.

Le 29 mai 2018, le Républicain Lorrain annonce l’arrivée d’une usine dans la mégazone d’Illange. Seize des cent hectares du terrain sont destinés à fabriquer la laine de roche d’une multinationale basée en Allemagne. Le produit isole les bâtiments des basses températures, et sa fabrication promet la création de 120 emplois en Moselle.

Pourquoi le projet fait polémique ?

Mais il y a un hic. Pour le fabriquer, l’entreprise utilisera jusqu’à 80 % d’énergie fossile. Elle rejettera environ 71 000 tonnes de CO2 par an. Un pas en arrière qui ne va pas dans le sens du dernier rapport sur le changement climatique, publié par le GIEC. Les riverains de la mégazone s’organisent et créent l’association Stop Knauf Illange en août 2018. Le docteur Jean-Jacques Ley et un élu opposé au projet, s’inquiètent de la concentration de particules fines émises par la future usine, et de leurs effets sur la population alentour.

Le jeudi 11 octobre, au 112, l’heure est au débat public. Le maire de Terville a décidé d’organiser une réunion où Knauf et anti-Knauf peuvent exposer leurs arguments de manière équitable. Les règles du débat sont simples : 30 minutes de temps de parole pour chaque camp, dans la courtoisie et le respect de l’autre.

Pourquoi Knauf peut s’implanter ?

“Nous fabriquons un produit au service de l’environnement, qui permettra d’économiser 200 fois plus d’énergie que ce qui est nécessaire à sa fabrication”, affirme Alain Rysman. Grand responsable de 25% des émissions de gaz à effet de serre : le chauffage de nos maisons. Selon Knauf, une meilleure isolation des bâtiments serait donc indispensable et participerait à la réduction de ces gaz.

Pour la multinationale, pas de problème de pollution, que des solutions. “Les meilleures techniques disponibles seront utilisées pour filtrer les émissions de poussières afin de limiter la propagation des particules fines dans l’air”, ne cesse de marteler Alain Rysman, futur directeur du site. Le seuil de l’OMS est fixé à 20 mg par mètre cube, mais nous feront même mieux, puisque nous rejetterons seulement 1 mg ”, se satisfait Philippe Coume, responsable hygiène, sécurité et environnement de l’entreprise.

Dans une étude présentant l’impact de l’usine, les valeurs d’émission des différents polluants (CO2, azote, soufre ou encore particules fines) sont, selon la multinationale, pénalisantes. Il s’agit des valeurs maximales autorisées par l’Organisation mondiale de la santé, mais dans les faits, elles sont aujourd’hui plus faibles sur les sites de fabrication.

Pourquoi cette implantation aurait un impact ?

Pour le collectif Stop-Knauf, l’étude d’impact est réglementaire mais Knauf annonce les valeurs maximales autorisées ”pour chaque catégorie, systématiquement”. “Knauf s’octroie un permis de polluer mais rien ne lui interdira de polluer plus à Illange que ce qu’elle ne pollue actuellement dans l’ensemble de ses usines !”, insiste Gérard Wecker, responsable du comité technique de Stop Knauf Illange.

L’absence de moyens pour contrôler le comportement de l’industriel, c’est également ce qui révolte Stop Knauf, et les riverains. “On ne va pas se substituer aux inspections de l’état”, rassure le collectif. Mais pour ces derniers, si l’Agence régionale de santé vérifiera bien les processus de fonctionnement de Knauf en se basant sur les valeurs admises par l’OMS, elle se contentera de confirmer qu’ils sont en dessous des 20 mg/m², sans donner plus de détails. Les contrôles sont des scénarios d’exposition aux émissions 24 heures sur 24 heures, 7 jours sur 7, et ce, pendant 70 ans.

Quid d’une seconde ligne de production ?

Avec sa ligne de production, Knauf utilisera seulement 16 hectares sur les 100 disponibles. Un chiffre qui soulève également des questions chez Stop Knauf. Les opposants au projet ont peur que la multinationale profite de cet espace pour installer une seconde ligne de production et doubler sa capacité. “Ce n’est pas du tout le projet. Si nous devions construire une seconde ligne, ce serait dans le sud de la France, pour des raisons logistiques, afin de conquérir le marché espagnol”, assure Alain Rysman, le directeur de la future usine.

Qu’en est-il des particules fines ?

“Notre maison est à 500 mètres de cette usine. Souhaiteriez-vous que cette usine vienne s’implanter à 100 mètres du terrain de football de votre fils ?”, s’insurge une mère de famille. “Je vais passer la plupart de mon temps sur ce site”, tempère Alain Rysman. S’il y avait des risques, je ne viendrais pas m’installer avec ma famille dans la région.” Philippe Coume reste impassible et confirme que les particules fines auront un impact dans un rayon de 100 mètres, tout en s’appuyant sur le PPA (Plan de protection de l’atmosphère).

Ce dernier a donné son feu vert pour l’implantation de l’usine. Il concerne les agglomérations de plus de 250 000 habitants et les zones où les valeurs de la qualité de l’air sont dépassées ou risquent de l’être et sont supérieures aux normes fixées par l’Union européenne, comme en Île-de-France et dans la plupart des grandes et moyennes villes françaises.

Et l’alternative du chanvre ?

La mère de famille reproche également à l’entreprise son manque d’innovation. “Vous auriez pu faire quelque quelque chose de propre. Vous auriez pu être l’exemple, au lieu d’être l’ennemi.” Pour Stop Knauf Illange comme pour les riverains, il y a une solution simple à tous ces problèmes : changer de produit. Et si Knauf produisait de la laine de chanvre au lieu de continuer à utiliser de la laine de roche ? “Utiliser du chanvre permettrait de créer des emplois dans la région et d’utiliser des terres mises en jachère”, propose Gérard Wecker. Du côté de Knauf, cette solution paraît utopiste. “On parle du chanvre, mais cette matière première comporte une série de désavantages. Il faut prendre des milliers d’hectares pour faire l’équivalent de la laine de roche. De plus, elle nécessite toujours de produire un liant chimique.”

L’usine Knauf pollue-t-elle autant que l’A31 ?

Un élu du public tente également de tenir tête à Knauf. Dans ses mains, les feuilles d’une étude commandées à un expert de l’environnement luxembourgeois. “En une demi-journée, votre usine rejette autant de particules fines que l’A31 en une année.” Pour les dirigeant de Knauf, cette information est erronée. La future usine rejetterait en un an la même quantité de CO2 dans l’atmosphère que l’autoroute. Pourtant, les chiffres proviennent du même expert. La différence s’explique dans la portion de route utilisée dans les calculs. Quand Anti-Knauf choisi de prendre en compte l’A31 de Metz au Luxembourg, Knauf décide de la comptabiliser dans sa totalité. Entre les deux camps, même dans les calculs, ça coince.

 

Laura Bannier et Marion Adrast