La vie n’est pas rose. Beaucoup trop grand, beaucoup trop maigre, beaucoup trop cancre, beaucoup trop gay, Jimmy Feldtrauer démarrait avec la quinte flush royale de l’échec en main. Mais ce garçon fonceur a plus d’une carte cachée dans sa manche et c’est en jouant sur les genres qu’il a réussi à berner son monde. Mélange d’élégance et de folie, de sérénité et d’extravagance, le messin nous a fait pénétrer dans son univers où bonbons, plumes et paillettes gravitent autour de sa créativité.

Visage creusé surmonté de petites lunettes rondes, cheveux tirés en arrière, son corps long et maigrelet enserré dans un pull bleu marine, l’aspect du jeune homme contraste avec le décor de la cuisine où il nous reçoit. Le rose et les couleurs vives sont partout. Des pots transparents remplis de bonbons sont alignés sur les étagères, la machine à barbe à papa est gardée par une immense peluche de chat, un salon miniature occupe un coin de la pièce tandis que de l’autre côté la cage des tourterelles monte du sol au plafond. “Je suis entrepreneur dans le design de pâtisserie depuis juillet. C’est pour ça les gâteaux et les confiseries” nous annonce Jimmy.

Le transformiste se métamorphose réellement plus vite que son ombre. Celui qui sur les photos parait incroyablement exubérant, semble tout à coup réservé. “Gamin, j’étais très timide. C’était des insultes sans cesse” confit-il. Né dans une famille italienne avec cinq frères, il trainait toujours autour des robes et des fourneaux. A l’école, il enfilait les zéros comme les perles d’un collier, souvent discret toujours différent, Jimmy est parvenu grâce au spectacle à changer la donne. Durant sa seizième année, il est repéré par l’un des chefs de file du mouvement transformiste en Lorraine.

Faisant les premiers pas dans ce qui deviendra son jardin, il apprend les ficelles du métier au milieu d’une troupe où une fois le soleil couché, les hommes se changent en femme. Un regard au-dessus d’une épaule, quelques conseils glanés par –ci, par-là et surtout la chaleur de la scène, celui qu’on appelle alors “Mimi Cracra” fait ses classes. Il absorbe tout ce qui lui passe sous les yeux, c’est un véritable échappatoire pour le petit citadin qui rêvait d’un jour devenir magicien. Mais une compétition malsaine finit par gangréner la folle équipe.

L’échappée en solitaire

Dans le microcosme du transformisme “chacun fait son boulot de son côté, dès qu’on est plusieurs, il y a souvent beaucoup de discordes”, affirme Jimmy. Il décide de continuer seul dans les froufrous et les paillettes. Et c’est toute la famille Feldtrauer qui met alors la main à la pâte. Le père s’occupe de la communication et du son, la maman du maquillage et de la confection des costumes. Chacun des membres a fini par accepter la différence du garçon et lui fait la surprise de débarquer à l’un de ses spectacles, “ils ont pu voir qu’après mon personnage, je suis de nouveau moi”.

Le regard des autres, voir les visages s’illuminer voilà ce qui fait monter l’adrénaline dans le corps de Jimmy ou doit-on dire “Coco”. Délaissant le milieu gay car lassé des attitudes de ces derniers, le personnage se produit aussi bien chez des particuliers qu’au sein de centres pour handicapés. “Une fois le spectacle terminé, on voit vraiment qu’on leur a donné du rêve et de l’émotion. Dans ces moments, je suis aux anges.”, se réjouit-il. Pour partager ce genre de sensations, l’artiste ne compte ni son temps ni son argent.

C’est avec l’attitude d’un petit garçon devant ses cadeaux de noël qu’il nous présente ses différents costumes, coiffes et accessoires. De Blanche-neige à Cruella en passant par des robes faites de poils et de plumes, nous sommes bouche-bée lorsqu’il nous annonce qu’il réalise tout lui-même. Autodidacte dans chaque chose qu’il entreprend, passionné par ce qu’il fait, le bonhomme aux allures de grand échassier à le pouvoir d’étonner tout le monde. Aujourd’hui autant dans les paillettes qu’au milieu des chouquettes, il n’a pas fini de nous faire tourner la tête.

Retrouvez les moments forts de l’interview grâce à cette photo interactive.