C’est aux alentours de 15h20 que Léon XIV apparaît enfin place de la République. Photo : Noa Lhomedet

Léon XIV a achevé son voyage apostolique français, à Metz ce lundi 28 septembre. Reportage au milieu des fidèles, qui ont afflué de toute la France pour espérer l’apercevoir déambuler sur sa papamobile.

Des foules en liesse à Paris, puis à Lourdes, lieu de la supposée apparition de la Vierge Marie en 1858, le pape achève son triptyque français ce lundi 28 septembre par un passage dans la capitale mosellane, 38 ans après la dernière visite papale.

Les pèlerins, nombreux et émus, s’agglutinent au niveau des barrières qui entourent le parcours du Saint-Père. Aux fenêtres, le drapeau jaune et blanc du Vatican se mélange au bleu blanc rouge, ainsi qu’au drapeau européen.

L’Europe est au cœur de la visite messine du souverain pontife, qui a pour but de défendre un discours d’unification. D’après l’évêque, Monseigneur Philippe Ballot, la venue du chef de l’église à Metz n’est pas le fruit du hasard : “Nous sommes une terre avec un message unique, celui de dire que les ennemis d’hier peuvent devenir les amis d’aujourd’hui”. 

Près de 1700 bénévoles sont présents pour orienter et aider ceux qui ont besoin d’un renseignement.  Photo : Noa Lhomedet

“Un événement comme ça on peut pas le louper”

Place de la République, comme ailleurs en ville, tout est déjà prêt depuis la veille pour accueillir le chef de l’Église catholique. Le périmètre est bouclé, et l’accès y est laborieux. “Je suis parti de chez moi à 9h30, j’étais censée arrivé à 10h30 pour rejoindre mes copines.”, confie Lucie, étudiante en histoire et en professorat des écoles. Les différents contrôles des sacs et les détours imposés pour rejoindre les nombreuses parties de la ville allongent considérablement les temps de trajet.

Écrans géants, boutique souvenir, fan zone, vous ne rêvez pas : nous ne sommes pas à un concert de Céline Dion mais à la visite de Léon XIV. Dans l’assemblée des pèlerins, se mêlent croix géantes, drapeaux et certaines ont des messages à l’attention du pape.

Emma et ses copines sont arrivées de Briey en sortie scolaire, avec leur établissement privé catholique. L’adolescente a réalisé un dessin qu’elle compte bien envoyer au souverain pontife par la poste. Sa copine, Chloé, concède, un grand sourire aux lèvres que son apparition fait “chaud au cœur ”.

Giselle, une retraitée catholique et ses amis étaient présentes dès la fin de matinée dans l’attente de voir le pape.  Photo : Noa Lhomedet

Du côté des seniors, l’attente est aussi insoutenable. Giselle est venue de Corny-sur-Moselle pour profiter de ce moment avec ses amies. “Un événement comme ça, on peut pas le louper, c’est qu’une fois dans une vie”. Bien que catholique, elle n’est pas pratiquante, elle avoue : “voir tous ces gens qui prient c’est magnifique”. 

Marie-Thérèse, son amie, n’en est pas à son coup d’essai. En 1988, elle s’était déjà fait bénir par le pape Jean-Paul II, lors de son passage en terres mosellanes.

Certains ont fait beaucoup de routes. Claire, Mathieu et Simon, leur enfant d’un an, sont partis de Lyon aux alentours de six heures pour espérer apercevoir le Saint-Père. “Pour nous c’était important de venir le voir, car Léon XIV apporte un discours d’amitié et d’espérance dans un monde qui en a bien besoin”.

C’est à partir de 15h, soit une demi-heure après l’heure prévue, que la déambulation en papamobile commence dans les rues de Metz. De quoi impatienter les fidèles qui râlent gentiment dans les rangs d’attente. 

À 15h20, le pape arrive enfin à la place de la République. Accompagné d’un cortège de taille, le pape salue, bénit et sourit à ses fidèles. De quoi susciter l’émotion tant attendu par les sœurs Marguerite-Marie et sœur Séraphin, «Voir le pape me  bouleverse profondément, ça me redonne de l’espérance » souligne même sœur Marguerite-Marie, ancienne comptable reconvertie dans les ordres depuis 2022. 

Soeur Marguerite-Marie est présente avec ses consoeurs pour apercevoir l’évêque de Rome.  Photo : Noa Lhomedet

Les petites mains de la journée

Quand on aime on ne compte pas ! Aux abords des barrières, nombre de bénévoles gèrent les boutiques temporaires, distribuent des Magnificats (NDLR : cantiques de louanges chantées par le Vierge Marie en l’honneur de Dieu) et orientent le public. Nathalie est l’une d’entre elles, elle vient de Toul en Meurthe-et-Moselle. Aujourd’hui, la bénévole a décidé de donner de son temps pour aider à la mise en œuvre de cette journée. “J’en ai besoin”, explique d’un ton solennel la bénévole avant de poursuivre : “J’ai eu pas mal de décès et des malades dans ma famille, donc voir le pape ne peut me faire que du bien”. Pour être à 7h heures au poste, elle a dû quitter les bras de morphée à 4h30 pour prendre son train.

D’autres viennent d’encore plus loin, à l’image d’Anne S’Jongens. Elle habite en Belgique, à la frontière néerlandaise. Pour elle pas d’embouteillage elle a préféré venir la veille. Entre deux distributions de Magnificat, elle dirige, indique et aide à circuler chaque personne dans le besoin.

Être bénévole demande un bon cardio, pour la venue du pape, il faut être opérationnel dès 7h du matin.  Photo : Noa Lhomedet

4 000 policiers venus de toute la France


Pour assurer la sécurité de l’événement, des marées bleu marines ont envahi les rues de Metz: 4 000 policiers venus de tout l’hexagone sont mobilisés pendant cette journée. “C’est jamais fatigant, quand c’est pour la sécurité !” L’amorce avec un air de première de la classe Agathe Foucault, porte-parole de la police nationale. “C’est une fréquentation similaire à celle des Jeux olympiques, les gens sont là pour être heureux, il n’y a aucune raison que cela se passe mal”, complète-t-elle.

Toute la police messine est mobilisée pour l’événement, et les volontaires affluent de toute la France. “Ça change de la routine”, répondent en chœur un policier venu de Normandie et une autre de Bretagne.

Bilan de la journée : 35 000 personnes ont afflué de France et de l’étranger pour espérer voir le Saint-Père.

À l’approche du trajet de la Papamobile, personne ne passe sans se faire fouiller par les nombreux policiers présents. Photo : Noa Lhomedet.

La question du financement public 

Parmi les Messins, certains s’interrogent, une provision de 500 000 euros a été allouée par la mairie, dont au moins 250 000 euros destinés aux équipements. “S’ils pouvaient mettre le même montant dans la rénovation de la fac ce serait bien” plaisante ironiquement Maëlle, catholique, étudiante en histoire, venue avec ses amies. Questionnées, les trois étudiantes à l’Université de Lorraine sur le campus du Saulcy à Metz, ne trouvent pas ça “normal” et s’interrogent sur “l’utilité” de cette subvention. À l’inverse, sœur Séraphin, elle, a tout de suite identifié l’utilité. Elle voit cette contribution comme un investissement, estimant “qu’il n’y a pas de prix pour acheter l’âme et la spiritualité de chacun”. Cet investissement, elle le considère légitime pour toutes les religions, ce qui n’est pas le cas de Noah, athée rencontré à quelques mètres de sœur Séraphin.  « Il me semble normal que l’État contribue aux événements catholiques parce que ça représente une vraie partie de l’histoire et de la tradition de notre pays » exprime-t-il en expliquant qu’il trouverait anormale la subvention d’autres cultes sur le territoire français. Une question qui divise et qui choque certaines personnes qui jugent cette dépense comme le gaspillage de l’argent public.

Pour l’évêque, Monseigneur Philippe Ballot, cette enveloppe est aussi vue comme un investissement : “Pendant une journée Metz sera sous les feux de l’actualité en continu, c’est compliqué de trouver une pub plus efficace”, avant d’ajouter : “Quand vous questionnez le maire de Lourdes, dès qu’un pape se rend là-bas, on observe les retombées économiques pendant plusieurs années”.

Un article de Emma Plantier, Noa Lhomedet et Erwin Colin