Les zones de rencontre à Metz, symboles d’une nouvelle urbanisation

Première ville de France à inaugurer des zones de rencontre en 2009, Metz continue de mettre les piétons à l’honneur. Le récent réaménagement de la place Saint-Nicolas montre une volonté de libérer les hypercentres des voitures. Un modèle remis en question à l’étranger.

 

 

Les zones de rencontres doivent “permettre au piéton de se réapproprier l’espace”, affirme Jean-Pascal Dier, chef des travaux et de la coordination des espaces publics à Metz. Entrées dans le code de la route en 2008, ces zones permettent aux piétons, cyclistes et automobilistes de circuler librement sur la chaussée. La vitesse y est limitée à 20km/h.

Les cinq premières zones de rencontres de France sont nées à Metz. Le cœur de la capitale mosellane en héberge maintenant plusieurs et continue de développer le concept. En décembre dernier, les travaux de la place Saint-Nicolas se sont achevés, révélant un nouvel espace de partage. Mais les usagers, à pieds ou sur roues, ont toujours du mal à comprendre le principe de cette nouvelle règle de cohabitation. Certains pays vont jusqu’à retirer ces espaces, désignés comme cause de certains accidents.

 

Les zones de rencontre, un incontournable des centres-villes

Damien Levé est chargé de mission à l’Aguram, l’agence d’urbanisme d’agglomération de Moselle. Pour lui, mettre tous les usagers au même niveau “économise les 1m40 réglementaires de trottoirs. C’est une bonne solution pour l’accessibilité des piétons”. Le tout dans une démarche qui va vers un “renouvellement de l’espace public”, afin de s’adapter à une époque où les voitures ne sont plus les bienvenues en centre-ville.

 


Les usagers cohabitent, place Saint-Nicolas. Il n’est pas rare de voir des conducteurs ralentir précipitamment.
Photo – Clément Di Roma

 

La France partage la réglementation de ces zones avec la Belgique, la Suisse, l’Autriche et de nombreux pays voisins. Depuis les années 1970 et l’apparition aux Pays-Bas des zones résidentielles, le concept s’est développé. La chaussée est soudain apparue comme un espace public commun à tous, où les usagers, piétons ou non, se doivent d’être prudents. En anglais, cette philosophie a un nom : le “shared space”. Une révolution du design urbain qui prône le partage.

 

Un partage encadré

En France, de nombreuses règles régissent ces espaces. Elles imposent notamment une vitesse très faible. Mais si des règles sont bien présentes, le sens commun doit primer. Le piéton est roi et ces zones ont pour effet de “réduire la vitesse et de donner la priorité au piéton”, affirme Jean-Pascal Dier. “Dans les zones de rencontre, les priorités sont du plus faible au plus fort et si les gens connaissaient un peu leur code de la route, il le sauraient”, appuie le chef des travaux de la capitale mosellane.

 


Certains conducteurs ne prennent pas la peine de ralentir, malgré l’apparence de la chaussée et la signalisation. Un risque pour tous les usagers. Photo – Clément Di Roma

 

Ce dernier est remonté contre les “mauvaises habitudes” des automobilistes, habitués à circuler sur une voie sans rencontrer de danger. “On est jamais à l’abri des imbéciles”, dit ce chef des travaux, exaspéré d’être “obligé de mettre des systèmes restrictifs pour la vitesse alors que les gens devraient appliquer le code”.

 

On est jamais à l’abri des imbéciles” – Jean-Pascal Dier, chef des travaux

 

Malgré l’incompréhension du public, il se félicite de la récente transformation de la place Saint-Nicolas à Metz. Selon lui en effet, avant les récents aménagements, l’aspect du lieu “ne donnait pas à l’idée qu’on était sur une place”.

 

Prudence et réticences

Les médias anglais se sont penchés, en 2012, sur la petite ville de Coventry. Une personne handicapée est morte au milieu d’un de ces “shared spaces”, percutée par un bus. Les feux de circulation ont été réintroduits par la ville et le pays a commencé à revoir sa position sur les zones de rencontre.

 

Les vélos trouvent rapidement leur chemin et n’ont pas à s’inquiéter de la vitesse des automobilistes. Photo – Clément Di Roma

 

Des études anglaises et néerlandaises montrent pourtant que le nombre d’accidents dans les intersections partagées est bien inférieur à celles régies par des règles traditionnelles. Les conflits sont moins nombreux, les piétons n’ont plus à attendre pour passer et les interactions entre les différents véhicules sont plus naturelles.

 

Je pense pas que grand monde respecte les 20km/h, sauf quand il y beaucoup de piétons” – Ivan Roussigné, responsable de la sécurité routière à la préfecture.

 

Ivan Roussigné est l’un des responsables de la sécurité routière à la préfecture de la Moselle. Il reconnaît les difficultés d’adaptations des usagers, en particulier des voitures. “Je ne pense pas que grand monde respecte les 20km/h, sauf quand il y beaucoup de piétons”, avoue-t-il. Selon lui, que l’espace routier soit encadré ou non “c’est toujours une histoire de rapport de force”. Et en cas de collision, le grand gagnant du combat, ce sont toujours les voitures. Ivan Roussigné ne parvient pourtant pas à se souvenir d’un accident sur une zone de rencontre messine.

 

« On est surpris par des piétons après le virage », explique un conducteur. Les piétons, eux, ne comprennent pas non plus ce qu’ils font au milieu de la chaussée. Photo – Clément Di Roma

 

Sur la place Saint-Nicolas à Metz, les usagers sont parfois perdus. “Je passe souvent ici en voiture… c’est pas évident de ralentir, même avec les panneaux. On est surpris par des piétons après le virage”, observe un automobiliste messin. Du côté des piétons, on a “aucune idée de ce qu’est une zone de rencontre mais pour moi, là, je ne dois pas marcher au milieu de la route”, affirme Claude, la cinquantaine, qui habite le quartier.

 

Le renouveau d’une urbanisation messine

La première fois qu’on l’a fait à Metz, c’était place Saint-Louis, mais on n’avait pas encore l’esprit de la zone de rencontre, on a gardé la circulation, se souvient Jean-Pascal Dier, le chef des travaux de la ville et fervent défenseur de ces zones. Il reconnaît cependant que “la place Saint-Martin, un peu plus haut, est aussi une zone de rencontre, mais traitée comme une voirie”. Les premières expérimentations n’ont pas eu l’effet escompté sur les utilisateurs. Malgré les efforts de la mairie pour transformer le centre-ville en havre de paix pour piétons, citadins et visiteurs, les zones partagées ont parfois du mal à être reconnaissables.

 

Les bus circulent aussi dans cette zone et les croisements entre véhicules sont parfois compliqués. Photo – Clément Di Roma

 

Place Saint Nicolas, “l’idée était de favoriser la liaison piétonne entre le quartier de l’Amphi et le centre piétonnier, donc  […] on a crée une zone de respiration, pour que l’endroit devienne vraiment une place”, continue Jean-Pascal Dier. Pour le professionnel de la voirie, l’objectif de ces espaces est aussi de fluidifier la circulation des piétons en centre-ville. Des aspirations en adéquation avec les projets de Dominique Gros, le maire de la ville, et son objectif de “faire avancer” Metz.

 

Clément Di Roma