Les dessous de la transition énergétique à Metz


Longtemps reléguée au second plan, la question de la transition énergétique agite désormais les responsables politiques locaux, qui peinent à suivre les directives nationales.


A Metz, le manque de moyens disponibles pour mettre la ville en conformité avec les principes de la transition énergétique sont dénoncés par les responsables politiques locaux. Sur l’équivalent d’une année, la part de subvention allouée par l’État a diminué d’un quart provoquant par conséquent la réduction du personnel dédié au dossier. « J’ai honte de certains salaires que je verse » avoue René Darbois, qui peine à rémunérer à son juste prix des ingénieurs diplômés.

Dans ces conditions, il semble parfois difficile d’œuvrer durablement pour la transition énergétique. « On a besoin que l’État nous aide plus » insiste René Darbois. Une aide que l’adjoint en charge de l’Energie de la ville de Metz avait déjà sollicitée il y a deux ans à l’issue de la Cop 21 alors que le gouvernement de l’époque demandait aux villes de France d’effectuer des efforts supplémentaires en matière d’écologie.

René Darbois – adjoint à l’Energie de Metz – © Le Républicain Lorrain

Ces efforts ont bel et bien été réalisés sur le territoire messin. L’arrivée du Mettis en 2013 avait déjà permis de véhiculer annuellement près de 38 000 voyageurs. Pour aller plus loin, la ville est actuellement en train « d’organiser les choses différemment », selon René Darbois.

La réduction de la vitesse à proximité du centre-ville, le projet d’un plan vélo ainsi que la réorganisation du stationnement sont des mesures entreprises récemment par la mairie de Metz. L’adjoint à l’Energie de la ville le répète, l’objectif de ces mesures est de « baisser significativement le taux de gaz à effet de serre émis dans l’agglomération » sans pour autant « faire la guerre à la voiture ».

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Croissance verte & écologie : deux mots antogonistes ?

Si la question de l’écologie tend à occuper tous les débats, celle de la croissance n’est pas pour autant laissée pour compte. En 2011, l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) a rendue publique sa stratégie pour une croissance verte à l’intention de ses 35 pays membres. Ce rapport visait à « élargir la croissance économique et la création d’emplois par une utilisation plus durable des ressources naturelles ». Autrement dit à produire toujours plus tout en limitant notre consommation en énergie.

Mathias Boquet – Secrétaire du groupe Europe Écologie Les Verts Metz – © Brice Recotillon

Interrogé sur cette question, Mathias Boquet demeure dubitatif à l’encontre de la notion de croissance verte, rappelant que l’écologie et l’économie « n’ont pas du tout les mêmes objectifs ». Selon lui, le gouvernement chercherait à promouvoir une écologie « permettant d’asseoir une position dominante de la France d’un point de vue économique ».

Le secrétaire du groupe EELV Metz est critique quant à la viabilité d’une société « trop axée sur la croissance », au dépend d’une transition énergétique responsable. L’exemple du non-abandon du nucléaire en serait selon lui la parfaite représentation.

 « Il faut qu’il y ait une vraie volonté de changer les choses »

Réduire notre consommation d’énergie est un des objectifs clairement indiqués par le gouvernement pour 2018. Un sentiment partagé par Eric Hassan, directeur du supermarché Auchan Semécourt. Ce dernier recherche « des solutions moins énergivores » au sein même de sa propre entreprise. « On a plusieurs de nos camions qui roulent au gaz« , explique-t-il à titre d’exemple.

« Il faut qu’il y ait une vraie volonté de changer les choses » déclare-t-il, montrant du doigt l’importation de certains produits devenus trop coûteux en transport, et surtout en énergie. « Le produit importé d’Asie ne vaut rien, en revanche le transport coûte plus cher que le produit lui-même ». « Peut-être devrait-on relocaliser une partie de nos productions eu Europe voir en France », ajoute le professionnel de la grande distribution.

Le soutien de l’État, pour accompagner cette manœuvre, semble indispensable. Cependant, la clef d’un tel bouleversement appartient aux industriels qui selon lui devront opérer « une vraie démarche de fond ».

Des promesses écologiques pas encore tenues

Le 17 août 2015, loi dédiée à la transition énergétique et à la croissance verte était promulguée. Impulsé par Ségolène Royal, ce texte vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble du pays, tout en générant une croissance « bienveillante » nommée croissance verte.

Adoption des accords de Paris le 12 décembre 2015. © Arnaud Bouissou

L’Accord de Paris sur le climat signé par 195 délégations des pays de toute la planète (mais dont les États-Unis se sont récemment désengagés) n’a fait que renforcer la volonté de l’État français de rendre pérenne la lutte contre le changement climatique. L’objectif affiché est de limiter le réchauffement climatique à l’échelle planétaire entre 1,5 et 2 degrés. Emmanuel Macron l’a rappelé devant le président chinois Xi-Jinping, les deux pays devant « relancer la bataille de l’écologie » et « rehausser » leurs engagements à la vue de la COP 24 prévue en fin d’année 2018.

A Metz, la municipalité n’a pas attendu la Cop 21 pour réduire de moitié les émissions de CO2 dans la ville. Des efforts considérables ont été réalisés afin de hisser la cité mosellane au rang de ville verte. Une bataille de l’écologie que la municipalité est en train d’emporter mais qui devra faire face à un nouvel obstacle, la baisse significative des dotations de l’État.

 

Brice Recotillon