À maintenant 86 ans, René retrace son incroyable parcours. Très jeune, il quitte l’Italie, sa terre natale, pour rejoindre la France, à pied. Portrait d’un homme au courage insensé pour vivre dans un monde meilleur.

Enfant, c’est lui qui ramène à manger à la maison. L’Italien, né dans les Abruzzes, forge son caractère et devient rapidement autonome. Débrouillard, il pêche dans les rivières et réalise du troc avec son butin « du poisson contre de la viande, des graines, des fruits…», malin. Il cultive aussi la terre pour avoir des légumes.

Un long périple à travers la montagne
À 18 ans, il décide de fuir la pauvreté avec son cousin pour rejoindre la France. À pied.  »On est arrivé dans un petit village Suisse et là, on se fait refouler par la douane », raconte René. Ils doivent faire un gros détour par les Alpes avec 9 jours de marche. René, enfant de la nature, possède plus d’une corde à son arc dont une primordiale : des connaissances pour se nourrir en milieu hostile. « Pour manger, j’ai ramassé, des châtaignes sauvages, des sources pour m’approvisionner en eau, même de la neige pour m’hydrater ». Pour dormir, il trouve de petites cavernes, afin de se protéger des loups.  »Man Vs Wild », seul face à la nature. Ce qui l’a forgé ? La mort de son père, alors qu’il n’a que 15 mois.

camp

Sur le parcours, non loin du vieux Chambéry, René rencontre un paysan qui l’accueille et lui offre du travail pendant deux mois. « J’ai dû traire les vaches, utiliser le tracteur, labourer les champs… », se souvient l’octogénaire. Son rêve ? Rejoindre la Lorraine, terre du fer. Pour y accéder, il travaille de ses mains qu’il maîtrise tant, en réalisant de nombreux paniers en osier qu’il vend quelques francs. Après plusieurs semaines et des économies en poche, il prend le train pour rejoindre la Moselle. Il trouve un travail à Knutange, au poste de lamineur et cumule un deuxième poste. « Après le travail, j’allais fabriquer de la limonade », se remémore René. Ces deux métiers ne le passionne pas, il décide de changer d’emploi.

Il réalise en quelques mois une formation accélérée en bâtiment, car il a « ça dans la peau. En Italie, nous sommes nés avec une truelle dans la main », rigole-t-il. Quant à la préférence de ses professions, c’est avant tout carreleur : «Je préfère poser du carrelage, ça paye plus ». Le jeune Italien trouve sa partenaire de vie lors d’un bal populaire en 1952 et fonde une famille à Nilvange. Sa plus grande fierté aujourd’hui : ses arrières petits enfants. Il consacre désormais ses journées à la pétanque avec ses amis et cultive son jardin.

Toujours farceur et déconneur, il aime aider et faire rire. « Ici à Nilvange, il n’y a pas une maison où je n’ai pas travaillé », expose l’Italien. Des habitants, le signalent pour travail non déclaré, « mais le contrôleur n’a rien pu me faire, j’ai travaillé aussi chez lui » s’amuse René. Pour Adèle, qui le connaît depuis 40 ans : « il est toujours de bonne humeur, toujours souriant, il aime beaucoup échanger avec les autres ». Quant à Walter, il trouve qu’il a une facilité à s’adapter à toutes les situations. « Il a vécu sa vie en affrontant les problèmes, prêt à faire n’importe quel métier pour s’en sortir ». C’est un homme aimable, il organise régulièrement des repas avec ses amis, toujours avec le sourire qu’il garde depuis son enfance.

Des fruits exotiques dans son jardin

L’Italien, à l’accent prononcé, est passionné par le jardinage. Il transforme un champ de broussailles en verger. « Avant de couper un arbre, je me coupe le bras », grogne le fervent défenseur de la nature. Il a planté plusieurs variétés : abricots, pêches, kiwis, figues… Il a même planté un plaqueminier, l’arbre  »des kakis » il y a 20 ans.

8n6n

12n10n

Depuis, il obtient plus de 900 kg par an. Ce fruit est la joie de René car il pousse habituellement dans les pays chauds.

Indiana Jones n’à qu’à bien se tenir face à René Campagna. L’Italien aux talents insoupçonnés émerveille les Nilvangeois. À quand l’aventure Koh Lanta ?