« L’esprit de Noël » : un argument de vente pour les messins

Des yeux illuminés des enfants face aux féeries des glaces, aux papilles gustatives en émoi de la place gourmande… Le marché de noël de Metz a plus d’un atout en poche. De quoi s’en mettre plein les poches ?

Un marché reconnu en Europe

Cette diversité d’atouts lui a permis d’intégrer le top 10 des meilleurs marchés de noël européens. Plus besoin d’aller jusqu’à Bruxelles, Prague, ou encore Cologne pour s’en émerveiller . Metz brigue une très belle 9e place au classement. Elle reste néanmoins bien loin de Strasbourg et Colmar, respectivement 5e et 2e. Ce classement annuel organisé par l’EDB, un organisme de promotion de la culture et du tourisme rattaché à la commission européenne, donne une certaine visibilité à la cité messine.

Parmi les 150 chalets du marché, difficile de passer à côté de celui de Gary, alias « Monsieur Pancake ». Originaire des Pays-Bas, il est venu s’installer en Lorraine cette année. Très avenant de nature, il propose ses spécialités culinaires aux passants de la place de la république. Ses poffertjes – des mini pancakes saupoudrés de sucre glace et de beurre – redonnent le sourire à ceux qui s’y arrêtent.

DSC_0006 (2).JPG

Gary vous attend place de la république ©Romain Ethuin

Une réalité plus mitigée

Le sourire, Monsieur Pancake l’arbore beaucoup moins lorsqu’on parle du chiffre d’affaires. Le temps étant maussade depuis l’ouverture du marché le 18 novembre dernier, « l’année est très mauvaise pour tout le monde », déplore-t-il. Il se plaint qui plus est de son emplacement, situé à deux pas d’un boîtier électrique : « Les gens passent à gauche et à droite mais pas devant mon stand ». Un comble pour un emplacement dont la location varierait entre 2000€ et 6000€.

Le prix est défini par la fédération des commerçants de Metz, une entité privée qui gère les marchés de noël en partenariat avec la ville, la métropole et le département. Si la fédération tente de trouver un juste milieu parmi les produits exposés, il n’a visiblement pas été trouvé. Pascal Schons, directeur de la fédération des commerçants, n’est pas vraiment satisfait : « Il nous manque aujourd’hui un certain nombre de produits artisanaux et locaux ».

DSC_0084.JPG

On trouve beaucoup de produits d’ailleurs  ©Romain Ethuin

Les emplacements valent cher et « un petit producteur local ne peut malheureusement pas toujours assumer le coût d’un chalet pendant sept semaines ». Pascal Schons assure qu’il reste ouvert aux propositions. Il tempère tout de même son propos en déclarant que « tous les produits traditionnels de noël peuvent être trouvés ». Après tout, « le public vient aussi pour manger des churros et boire du vin chaud ».

« Le marché de Noël n’est pas une foire »

Laurent Commaille, professeur d’histoire émérite de l’université de Lorraine, ne s’étonne pas de l’attrait des marchés de noël du Grand Est. « On ne retrouve pas cette atmosphère en dehors de l’Alsace et la Moselle », déclare le messin de longue dateIl déplore tout de même une évolution dans les mœurs. Si « l’esprit originel des marchés de noël était beaucoup plus caritatif », les nouveaux marchés ressemblent de plus en plus à des « foires commerciales » selon lui.

DSC_0074.JPG

Patricia Sallusti ne souhaite pas que le marché de noël ne devienne une « foire » ©Romain Ethuin

Patricia Sallusti, adjointe au maire en charge de la question, s’interroge elle aussi sur le nouveau visage du marché. « Le nombre d’attractions payantes m’a marqué cette année », s’exclame l’élue. Si l’embellie économique pour les commerçants est un objectif, elle ne souhaite pas dénaturer l’esprit de noël : « le marché de noël n’est pas une foire ». Malgré tout, l’élue se veut rassurante à l’égard des commerçants : « Le bilan sera satisfaisant cette année ».  Pas si sûr… Le Républicain Lorrain évalue les pertes de la grande roue à près de 30% de leur chiffre d’affaires. Le nouvel emplacement de la patinoire fut un échec cuisant avec près de 50 000€ de moins que l’année dernière. Pour le business, on repassera…

Romain Ethuin