Le réel en vue à Thionville : entre actualité et mémoire

France Timmermans et Maxime Simone au cinéma la Scala. Photo : Orane Benoit

La 21ème édition du festival de films documentaires, Le réel en vue,  de Thionville s’est déroulée fin novembre. L’occasion de découvrir les jeunes talents de la région. Deux d’entre eux, France Timmermans pour « Le jour d’après » et Maxime Simone pour « Le spectre de fer », étaient à l’affiche du cinéma la Scala. 

 

Il est 18h15, la projection des films “Hors-compétition” débute. D’abord, France Timmermans et ses vingt-neuf minutes saisissantes sur l’actualité concernant les migrants à Metz. Puis, c’est Maxime Simone qui présente son film de vingt minutes sur la vallée sidérurgique oubliée de Longwy.

 

Le jour d’après, un lendemain toujours d’actualité 

D’un pas assuré, France se poste devant le public en lisant l’article 511-2 de la loi du 17 janvier 2002 signifiant que la commune doit un abri, des soins médicaux et des funérailles décentes pour tous. Tout juste diplômée de l’institut européen de cinéma et d’audiovisuel (IECA) de Nancy, France Timmerman s’est lancée, à 26 ans,  et un peu par hasard dans la réalisation d’un documentaire sur les migrants à Metz. Pendant ses études, elle devient bénévole à la caserne de Farron, transformée en centre d’hébergement d’urgence à Vandoeuvre. Elle s’intéresse ensuite à la situation messine. Journaliste pour le Nouveau Jour J, journal indépendant Nancéien, elle se rend au camp de TCRM Bliida. Quand on a mis les deux pieds dedans on s’est dit mais c’est pas vrai on se retrouve à nouveau à Calais, c’est un mini Calais”. Instinctivement, elle se met à filmer.

Le jour d’après”, est un court-métrage militant qui annonce un projet plus long pour 2019. “Notre but c’est vraiment de regarder dans notre quartier avant de partir à l’autre bout du monde pour voir ce qu’il ne va pas. Il y a déjà des choses terribles dans notre propre région.” Aujourd’hui, le camp est démantelé mais la situation est toujours présente. “Il y a des enfants qui dorment là. C’est inimaginable, mais c’est vrai. La France a une double personnalité”. C’est un besoin d’aider les gens, de réparer et de rendre justice qui anime cette jeune réalisatrice “J’ai grandi avec ce film cinématographiquement parlant, j’ai fait mes armes dessus”.

 

Le spectre de fer, un devoir de mémoire

Timidement, Maxime traverse la salle pour présenter son œuvre. “Le spectre de fer” raconte la vie passée des usines sidérurgiques du Pays-Haut, où son père travaillait. Un film très personnel, tourné à Longwy et Hayange il y a un an. “A 13 ans, j’ai assisté à la dernière production le 25 février 2005. Je me rappelle avoir vu un ouvrier en larme. Je ne comprenais pas l’importance émotionnelle que ça pouvait avoir.”  Diplômé en sociologie, Maxime Simone s’intéresse au fonctionnement du monde qui l’entoure “Je ressentais beaucoup de colère et j’avais l’impression de ne pas arriver à me défendre. Ça m’a permis d’avoir une certaine légitimité pour avancer mes arguments.”

L’obsession de la disparition de l’Histoire, et sa vision analytique se ressentent dans “Le spectre du fer”. Un docu-fiction sous forme d’échanges nostalgiques entre un père, ancien ouvrier, et sa fille “Le personnage principal est hanté par la crainte que j’avais. La mémoire c’est une trace matérielle, il n’y a plus rien à Longwy, on cherche des traces.” Une première empreinte cinématographique qu’il compte développer cette année.

 

Une mémoire très actuelle

Dynamisme et actualité d’un côté, analyse et mémoire de l’autre. Une complémentarité présente à l’écran notamment dans “Le spectre de fer” où France joue le rôle de la jeune fille. La jeune cinéaste est aussi dans le scénario du deuxième film de Maxime. Ensemble, ils ont décidé de se lancer dans un nouveau projet, une co-réalisation sur la mémoire de la déportation, “Dans notre futur film on parle d’une mémoire qui reste en fait très actuelle. On a chacun le respect du travail de l’autre, on s’inspire du travail de chacun.”

 

Orane Benoit