La Finale à ne pas oublier

Fin septembre, depuis 25 ans, a lieu la journée mondiale de l’Alzheimer. Pour évoquer la maladie, la comédie « La Finale » (2018) réalisée par Robin Sykes avec Thierry Lhermitte et Rayane Bensetti, était à l’affiche de la Scala à Thionville.

 

Psychologues et neuropsychiatres à la Scala de Thionville lors d’une projection-débat sur l’Alzheimer fin septembre. Photo : Orane Benoit.

 

Vendredi 21 septembre à Thionville, la salle 1 de La Scala est complète. Les associations France Alzheimer Moselle et Gérontonord projettent La Finale à l’occasion de la journée mondiale de l’Alzheimer. 1 h 25 de de rires et de larmes plus discrètes. Jean-Baptiste, jeune ado lyonnais, doit se rendre à la finale de son match de basket à Paris pendant le week-end. Ses parents, absents, lui confie la garde de son grand-père Roland, atteint d’Alzheimer. Sans accord parental, Jean-Baptiste décide d’embarquer cet « autre », qui « ne peut pas dormir sur le canap’ ?! » au lieu « de squatter ma chambre », dans l’aventure. C’est à leurs risques et périls puisque la mère de Jean-Baptiste est formelle : « Ton grand-père, il faut toujours savoir où il est »Avec Roland, la facture d’un simple jambon-beurre peut vite monter à 100 euros, surtout quand un vendeur sans principe joue de sa maladie. 

Quand l’humour désamorce

Dans la salle, un spectateur a un petit-fils qui s’appelle Jean-Baptiste. Il réagit en premier au débat des associations après la projection. « Il y a eu des rires déplacés dans la salle. La maladie touche un million de personnes en France. Aider les patients à chaque stade me paraît essentiel ». Pour Audrey, psychologue pour Gérontonord, le regard que porte l’auteur sur la maladie est une clef parmi d’autres à saisir pour se distancier émotionnellement, changer de point de vue et dédramatiser certaines situations qui pourraient être vécues très difficilement par l’entourage du patient au quotidien. « Je ne suis pas sûre qu’on puisse vraiment émotionnellement supporter l’impact du même film sans humour. Je suppose que si on a tous rit, c’est qu’il a été appliqué correctement », précise-t-elle. 

Le registre des émotions

L’humour avec un grand H est ainsi là pour contrebalancer les scènes plus dramatiques, celles qui ont ému les spectateurs. Celle dans laquelle Roland apprend que sa femme Catherine est décédé dans un accident domestique dont il est l’auteur. Celle dans laquelle Jean-Baptiste réalise qu’il garde depuis cinq ans un ballon signé par Michael Jordan, cadeau de son grand-père. « Le vocabulaire utilisé, les situations font toujours référence à l’émotionnel, et ça, peu importe si l’histoire s’était passé à Marseille, Paris ou Thionville. Le lien qui reste avec votre proche, malade, c’est de pouvoir communiquer sur le registre des émotions »analyse une neuropsychiatre qui anime le débat. 

L’importance des proches

Finalement, un grand-père et un petit-fils, inconnus et totalement opposés au début du film, se découvrent et nouent des liens à travers leurs différentes péripéties et ce qui les rapproche : le sport. « Le film se termine sur une note d’espérance mais je suis dubitatif par rapport au concept de résilience. Le film apporte la preuve que s’il y a des stimulus des proches, les choses peuvent tout de même s’améliorer. J’étais très ému car ma femme et moi avons traversé ces épreuves » exprime un spectateur. Dans le public, Jacques souhaite rappeler que la maladie d’Alzheimer n’est pas une fin en soi : « J’ai pour coutume de dire que ma maman m’a aussi accompagné, et ça m’a permis de me découvrir moi-même. La maladie, c’est aussi du bonheur, de l’émotion, de l’humour et des sourires. Parce que sur le plan affectif il y a pleins de choses à faire ». 

 

Marion Adrast et Orane Benoit