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Vous pouvez nous envoyer un texte en hommage à Alain Joannès. Il sera publié dans la section "Hommages".

Nous écrire à : redac.webullition@gmail.com

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À la mort d'Alain Joannès le 20 septembre dernier, très peu de choses ont été écrites. Arnaud Mercier, apprenant la nouvelle, a été le premier à prendre sa plume pour honorer la mémoire de cet ancien journaliste qui n'est jamais vraiment parti en retraite.

En tant qu'étudiants en Licence pro de webjournalisme, nous avons souhaité rendre hommage à ce pionnier du webjournalisme.

Sylvain Arnulf, Gary Dagorn et Quentin Siebman

Sa carrière

Vidéo

En quelques mots

Pionnier

Alain Joannès est l'un des premiers Français connecté à Internet, en 1993, sur un fournisseur d'accès aujourd'hui disparu, « Compuserve ». Il pressent dès le début des années 1990 le potentiel de ce nouvel outil, encore obscur pour le grand public.

Pionnier, il l'est aussi en lançant sur LCI la première émission régulière consacrée au web, « Multimédia », dès 1996.

Alain Joannès est coutumier de ce genre d'aventures : il fait partie des premières équipes de France Info (première radio d'information en continu en France) en 1988 et lance « Arte radio », une plateforme de créations radiophoniques, en 2002.

Rich Media

Le rich media, c'est pour Alain Joannès la forme la plus aboutie du journalisme. Celle qui lui permettra aussi de se revivifier.

En novembre 2009, l'homme publie un ouvrage de référence sur le sujet, « Communiquer en rich media ». Il révèle tout le potentiel de ce « supra-langage » qui associe texte, images fixes ou animées, sons, liens, et impulse de nouvelles formes de travail collaboratif.

Datavision

Sur son blog Journalistiques ou sur son compte Twitter, Alain Joannès suit avec curiosité le développement de nouvelles formes de journalisme : « fact checking » ou surtout « data journalisme ».

En un tweet, le journalisme – amoureux de musique - résume sa haute considération pour ce nouveau genre journalistique.

Il ne cessera, sur son blog ou son compte Twitter, de suivre avec passion les dernières innovations en matière de « datajournalisme ». Un véritable datavisionnaire.

Changement

Selon Alain Joannès, la première faillite du journalisme à la française, c'est son inaptitude au changement.

« Ce qui arrive à la presse écrite quotidienne est parfaitement logique pour une industrie de contenus qui n'a pas innové en un siècle. A quelques détails près, comme la photographie en couleurs, les quotidiens de 2008 ne sont pas très différents de leurs ancêtres de 1908 » écrit-il sur son blog le 18 décembre 2008. « Pire » poursuit-il : « en France, les journaux imprimés - qui avaient tout fait, naguère, pour empêcher la radio naissante de diffuser des informations - continuent dans leur grande majorité à traiter l'actualité comme si leurs lecteurs n'avaient pas déjà eu connaissance de cette actualité la veille au soir par la télévision et le matin par la radio. (…) Cette presse écrite persiste à vouloir vendre des contenus qui ne contiennent plus de véritable valeur ajoutée ».

Innovations

« L'incompétence des dirigeants de la presse écrite se décompose en inculture technologique, en incapacité à explorer le présent et l'avenir, en absence totale de créativité. L'inculture technologique des élites hexagonales conduit les chercheurs les plus inventifs à péricliter ou à émigrer quand ils n'opèrent pas dans des secteurs rapidement rentables comme l'armement ou certains domaines pharmaceutiques. (...)

Contrairement à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, la France ne dispose d'aucun véritable think tank capable d'éclairer la profession en se concentrant sur concentrant sur les dimensions technologiques, sociologiques, culturelles et économiques de l'avenir des médias ».

Indignation

On aurait tort de cantonner Alain Joannès à un adepte de « punchlines » tranchantes sur Twitter , un procureur intransigeant des erreurs de ses confrères, avide de « tâcles » et de bons mots. Mais l'homme est autant exigeant avec les autres comme qu'avec lui-même. Il est lucide sur son « tempérament volcanique » : « la créativité va avec un caractère un peu difficile, je le reconnais. »

Journalistes

Blogs

Hyperactif sur les réseaux, mais sélectif dans les informations qu'il transmet, Alain Joannès a trouvé en Internet un terrain d'expression idéal.

Ses blogs sont innombrables et reflètent parfaitement ses multiples talents : « Journalistiques », . »Hypermédia » (prolongement de son livre sur le rich media), « Communiquer par l'image », et des chroniques sur les sites du Télégramme et de Mediapart.

Alain Joannès a également alimenté un blog audio, Sonorismes, un compte Flickr, un blog de peintures et dessins.

Geeks

Ne l'appelez pas « geek » : Alain Joannès ne se reconnaît pas dans cette terminologie. Sur Twitter, il tacle volontiers les « lubies de geeks » et autres envolées technophiles de ses confrères.

Alain Joannès défend une vision simple : les journalistes ne doivent pas laisser la technologie aux techniciens ou aux « geeks » ; ils doivent au contraire prendre le contrôle de ces outils pour revivifier leurs pratiques. Sans tomber dans l'émerveillement béat.

Instinct

L'homme a du flair. En 2010, il pressent très vite le potentiel de cette mystérieuse « tablette » qu'Apple va présenter (le futur IPad). Mais anticipe également la méfiance de l'industrie française de la presse.

« Il suscite en France le même scepticisme que celui d'un premier ministre, devenu blogueur par la suite et qui avait décrété, en 1997, que le web n'était qu'une mode américaine passagère. Face aux lecteurs et tablettes électroniques, "Gadget !", gloussent les sceptiques de ce côté-ci de l'Atlantique ».

« Mais, justement, Apple ne fait pas dans le gadget. Son patron, Steve Jobs, est un monsieur qui a transformé une firme moribonde en premier distributeur mondial de musique et en acteur décisif de la téléphonie mobile, tout en continuant à concevoir des ordinateurs très performants. Agilité industrielle par compréhension de ce que les usagers attendent.

« Steve Jobs, c'est surtout quelqu'un qui a ce qui manque le plus aux managers produits par la consanguinité du capitalisme franchouillard: une vision stratégique. Il positionne la créativité de son entreprise entre les producteurs de contenus à forte valeur ajoutée et les usagers prêts à payer cette valeur ajoutée, pourvu que ce ne soit pas trop cher et simple, "convenient". Ce positionnement, c'est exactement ce qui manque à "la presse en crise" pour sortir du marasme où elle s'est enfoncée toute seule ».

Transmission

Alain Joannès a accompagné le développement de la licence « Journalisme et médias numériques » à l'Université de Metz dès 2010 en y enseignant le « rich media ». Il a également enseigné au sein du CFPJ, de l'IFP, de l'IUT de Lannion, du CAPJC Tunis... Des formations qui s'inscrivent dans la droite ligne de ses livres.

S'il est sévère sur l'inertie des « barons » du journalisme, Alain Joannès suit avec intérêt les jeunes pousses du métier.

« Des jeunes construisent l'âge d'or de l'information ».

« Les Vieux qui avaient accueilli et entouré l'apprenti de dix sept ans il y a un demi-siècle, m'obligent à essayer de transmettre certaines de leurs valeurs et quelques savoir-faire pratiques, anciens et nouveaux. Les jeunes journalistes sont victimes d'injustices ignobles. Pourtant, certains d'entre eux sont déjà en train de construire l'âge d'or de l'information annoncé par l'informatique en réseaux. Effectuées à l'IFP, au CFPJ, au CAPJC de Tunis, à l'Université Paul Verlaine de Metz, à l'IUT de Lannion, les tentatives de transmission suggèrent qu'il y a, en moyenne, 25% de très grands professionnel(le)s en devenir par promotion. Ils et elles sont déjà admirables et se reconnaîtront ».

La formation est l'une des clés de l'avenir du journalisme. Les écoles doivent s'adapter à l'émergence de nouveaux profils de journalistes : chercheurs-vérificateurs, programmateurs, infographistes. Il expose sa vision du sujet dans une tribune publiée par les Cahiers du journalisme en 2008.

« Dans l’hypothèse où les rédactions se convertiraient massivement au travail collaboratif en essaim, les organes de formation au journalisme seraient plus que jamais nécessaires sur deux points essentiels. Ils devraient assumer une mission de prospective stratégique que l’industrie de l’information n’a pas su accomplir depuis les signes avant-coureurs qu’ont été, notamment, la numérisation massive des contenus à la fin des années 1970, la compression des contenus numériques au milieu des années 1980 et la propagation des accès à haut débit au milieu des années 1990. Scruter les futurs axes de développement de l’innovation et les prochaines émergences de technologie ou d’usages permettrait aux organes de formation de préparer les formations adaptées à ces changements.

« Plutôt que d’ajouter à l’enseignement des fondamentaux du journalisme des gammes d’options extensibles à l’infini (droit, management, etc.) les organes de formation devraient se concentrer sur le développement d’une culture technologique (histoire, tendances actuelles, prospective). Car si les problèmes de la presse viennent en grande partie de l’innovation technologique, les solutions à ces problèmes se trouvent dans la maîtrise des conséquences de cette innovation. Ce que beaucoup trop de futurs et de jeunes journalistes ne savent manifestement pas ».

Hommages

Arnaud Mercier, directeur de la licence professionnelle de webjournalisme de Metz

« Il a toujours été un pionnier, créant des rédactions nouvelles, en radio ou à la télévision, et il était la preuve vivante (osons le terme) qu’on pouvait être plus en alerte sur le futur du métier, sur les nouvelles technologies qui bouleversent l’écriture journalistique que bien des jeunes « digital natives ».

Le dernier apport précieux de ce journaliste de tous les instants à la profession, fut de se maintenir en éveil constant face aux évolutions du métier et surtout de choisir de faire partager ses convictions (et elles étaient fortes et exigeantes !) Elles étaient souvent énoncées de façon rugueuse et sans concession. Le dernier papier posté sur son blog (journalistique), est une parfaite illustration de sa façon bien à lui de distribuer des coups de pied au cul de ses confrères : « En réalité, l’expression « C’est compliqué » signifie que la rédaction est globalement trop inculte et ses journalistes trop fainéants pour être en mesure de comprendre et d’expliquer le phénomène ainsi éludé ».

Au milieu des années 1990, il est capable déjà de percevoir que des trucs bizarres, inconnus en France, faisant appel à des technologies peu diffusées méritent qu’on s’y attarde car ils auront sans doute de l’impact.

Pour notre réflexion sur l’avenir du métier et pour notre modeste contribution à la formation du futur des webjournalistes, la disparition d’Alain Joannès est une grande perte. Aujourd’hui je suis triste. »

Retrouvez l’hommage complet en cliquant ici.

Hommages

Nathalie Joannès, sa fille

« Les journalistes comme lui travaillent dans l'ombre. Et cette dévotion totale à son métier, cette passion par-dessus tout, mérite d'être connue. Même pas reconnue : mon père aurait eu horreur de cela. Et surtout pas au sein de sa profession. Je souhaite à chacun d'aimer son métier comme l'a aimé mon père. C’est en raison de son intégrité professionnelle que ce blog existe. »

Hommages

Henda Hendoud, une de ses anciennes étudiantes à Tunis

« Alain Joannès : l’ami et le maître.

J’aurais aimé faire mon deuil comme il le faut. J’aurais aimé hurler, crier et pleurer au moment où on m’a annoncé sa mort. J’aurais aimé pleurer avec sa famille, préparer les funérailles et arranger les fleurs sur sa tombe. J’aurais aimé revoir dans les yeux de son fils sa jeunesse qu’il ma tant décrite et qui m’a tant fait rêver.

Hélas ! Je suis à Tunis, dans un café, entourée de gens inconnus, indifférents à mes larmes et ma perte. J’aurais aimé que la Terre arrête de tourner juste comme un signe de respect à ma douleur. J’aurais aimé que le café perde sa senteur comme un signe de soumission à ma colère. Mais ici, tout est indifférent à mes maux. Le ciel est resté bleu, le soleil brille encore et les oiseaux chantent joyeusement malgré ma peine.

La dernière fois que je l’ai vu, j’ai renoncé à faire mes adieux. Pourtant, tout me disait que c’était la fin ou presque. […] Il était souriant comme d’habitude et nous avons parlé de la révolution et des rêves. Il pensait que la Tunisie sera, certainement, meilleure grâce à sa jeunesse « moins arrogante et plus intelligente que la jeunesse française » comme il l’a toujours pensé. »

Retrouvez l’hommage complet sur son blog.

Hommages

Jérôme Bouvier, qui l’a connu à France Inter au début des années 1980

« L’histoire de ma rencontre avec Joannès, c’est l’histoire d’un jeune journaliste qui arrive à Radio France et rencontre Joannès à la machine à café pour lui dire « je vous écoute tous les dimanches ». A cette époque, il présentait « Tabou » sur France Inter. J’avais un bonheur extrême à parler avec Alain des émissions qu’il faisait qu’il projetait... Je ne pense pas qu’il était avant-gardiste, son émission Tabou sur France Inter était d’ailleurs plutôt classique dans son écriture. Mais ce qui était novateur, c’était le fait que ce soit libre et en –dehors des codes.

Après son départ de France Inter, nous continuions à nous voir, notamment autour des Assises du journalisme. Ce qui m’a toujours frappé chez lui, c’est ce mélange d’un vrai sourire, d’une vraie curiosité et d’une forme d’amertume, de gravité. »

Hommages

Daniel Saint-Hamond, qui l’a connu lors de son passage à France Inter

« Je me souviens bien de l’époque où j’ai connu Alain. Je faisais la revue de presse du matin sur France Inter et lui tenait sa chronique politique. Je me souviens notamment de discussions autour de la machine à café, dans cette ambiance si particulière des rédactions radio le matin : certains sont debout depuis 2 heures du matin et les discussions sont agréables. Avec le temps, notre relation a dépassé l’aspect professionnel. Nous avons même eu des projets d’écriture en commun, qui ne se sont malheureusement jamais réalisés.

J’ai appris son départ avec une grande tristesse. Je me souviendrai d’un homme consciencieux, très rigoureux : il devrait être un modèle pour tout journaliste. Et pourtant, il n’était peut-être pas très apprécié dans le milieu, il avait parfois un caractère un peu austère. C’est dommage, il aurait mérité plus d’hommages lors de son départ. »

Hommages

Philippe Masson

« Voici près de 16 ans, après avoir récompensé quelques courts métrages que j’avais « commis », il m’avait tendu la main pour favoriser mon intégration dans l’équipe de « Camera Video » comme pigiste où je suis resté 12 ans, jusqu’à ce que le magazine stoppe sa diffusion. Il s’est intéressé à mon parcours, ne manquant pas de m’envoyer de temps à autre des mails détaillés pour me donner ses impressions sur mes « petites créations », plus que des mails, de l’excellente littérature enlevée, ciselée et drôle, dans son style inimitable…. Il m’avait aussi proposé de partir un week end à San Francisco pour rapporter une interview de 2 minutes d’un ponte de la société Oracle (pour le groupe Carrefour). Et puis, tout récemment encore, cet été, me sachant dans une situation professionnelle difficile, il m’a envoyé quelques liens vers des propositions précises d’emplois dans la presse.

Alain est exceptionnel, d’humanisme et d’humour, d’intelligence et de culture. J’imagine que mes mots ne seront que d’un faible réconfort mais je voulais dire aux siens ma peine et ma profonde sympathie dans cette circonstance. »