Du streaming au Grand Rex, la Zeratormania

Jean Vayssieres 10 février 2017 Commentaires fermés sur Du streaming au Grand Rex, la Zeratormania
Du streaming au Grand Rex, la Zeratormania

Zerator, le streamer de feu. Tous les soirs ou presque, il joue à des jeux-vidéo devant plusieurs milliers de spectateurs, en retransmettant ses parties sur Twitch, une plateforme de diffusion vidéo en direct. A 26 ans, il cumule les rôles de streamer, youtuber et commentateur, et pèse de plus en plus lourd dans le milieu du streaming français. Depuis les débuts modestes jusqu’aux grands projets, rétrospective d’une carrière audacieuse.

Une équipe en or

De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités : l’emploi du temps de Zerator est gonflé à bloc. Heureusement, il y a Dach : cet ancien de l’IIM (Institut de l’Internet et du Multimédia) a rencontré son acolyte alors qu’ils travaillaient tous deux chez Eclypsia, site d’information dédié au jeu-vidéo et grande plateforme de streaming (comprendre “le fait de diffuser ses propres parties en les commentant”, un streamer étant le commentateur lui même). Homme à tout faire de l’équipe, son travail consiste en “faire tout ce que je peux pour que Zerator ait uniquement à s’occuper de streamer”. C’est donc lui qui a répondu à mes questions quant à son comparse. Dach et Zerator, de leurs vrais noms Alexandre Dachary et Adrien Nougaret, forment le noyau dur de la ZT production.

You’ve come a long way, baby

Des conseils pour percer dans le domaine du streaming en 2016 ? Zerator n’en sait rien. Et pour cause : lorsque sa carrière a débuté en 2010, internet n’avait pas le même visage qu’aujourd’hui. “Maintenant, pour streamer dans sa chambre avec une bonne qualité, il faut pas plus de 200 ou 300€”, rappelle Dach. A l’époque, diffuser ses parties sur internet tenait plus du rêve que de la réalité, et l’avènement du genre est venu avec celui de l’eSport, le sport électronique. C’est comme ça que Zerator a commencé : en commentant des parties de Starcraft 2, le mythique jeu de stratégie de Blizzard Entertainment.

Un jour qu’il regarde un streamer commenter une partie de Starcraft, une chose le tracasse. “C’est super cool de faire ça, mais ce mec est nul ! Je suis sûr que je peux faire mieux”. Le sort en est jeté, et le commentateur en herbe finit par rejoindre une structure amateure, DreamOfStarcraft2. La sauce prend et, au fil des années, Zerator parcourt les grandes structures de streaming françaises.

En 2013, il crée la ZTV (Zerator Télévision), qui a pour vocation d’héberger les diffusions live de Zerator et de plusieurs autres comparses français. Cette épopée, malgré un bilan financier positif, ne durera pas face à l’opportunité que lui présentera Eclypsia. Un chapitre rapidement clos, non sans établir un record puisque le projet, ouvert au financement participatif sur My Major Company, avait rempli son objectif en moins d’une heure, pour atteindre 31.949€ récoltés sur les 3000 demandés.

Depuis janvier 2015, Zerator s’est installé en indépendant sur Twitch. Un pari réussi puis qu’aujourd’hui, il est plus libre que jamais. Une liberté qui va lui permettre de mettre en place de grands projets.

De Starcraft au Grand Rex

Depuis plusieurs années, les lives de Zerator abritent une compétition annuelle : la Zerator Trackmania Cup. Un tournoi de Trackmania, le jeu de course de Nadeo qui défie les lois de la gravité. Un duel au sommet entre champions de sport électronique, dans lequel on retrouve régulièrement des joueurs légendaires, comme Carl Jr, jeune challenger québécois, sacré plusieurs fois champion du monde.

Lors de l’édition 2016, on ne se contente plus de diffuser la compétition sur internet. La célèbre salle du Grand Rex à Paris est louée et, le 25 juin, environ 2500 personnes viennent assister aux finales du tournoi, tandis que 30.000 autres regardent la diffusion en direct sur Twitch. Une consécration pour Zerator ? Probablement ; en tout cas, c’est indéniablement l’un de ses projets les plus audacieux. “Dans le streaming, tu vois pas ton public. Pouvoir faire des évènements en salle, ça a cet avantage : tu te rends compte de l’impact que t’as. »

Un voyage inattendu

En janvier 2016, un nouveau projet fait son apparition. Jouez hautbois, résonnez musettes : c’est Unexpected, un studio indépendant de développement de jeux. Un rêve qui se réalise pour Zerator, dont c’est le “plus gros projet depuis toujours”. Un rêve devenu réalité, et si c’était ça la vraie apothéose de l’année ? Rien n’est certain. “Pour lui, comparer la Trackmania Cup et Unexpected, ce serait un peu comme comparer deux bouquins d’un genre littéraire différent : les deux sont bien mais c’est pas exactement la même chose. L’un, c’est le business dans lequel il s’est lancé, et l’autre, c’est un rêve qu’il réalise” corrige Dach.

Zerator : sa vie, son oeuvre, ses viewers

La popularité du streamer de feu est due à de nombreux facteurs. Selon Dach, ce sont “sa franchise, son second degré, sa transparence et son audace”. Ironisant sans cesse sur l’argent que son audience lui donne via le système de donations et d’abonnements de Twitch, Zerator plaisante en jouant d’allusions fréquentes à sa prétendue richesse astronomique, ou à son supposé manoir gigantesque. Il n’en est rien, bien entendu. Car si les revenus de Twitch lui permettent de “vivre confortablement”, Zerator est loin d’être le personnage richissime qu’il aime à mettre en scène pour amuser ses spectateurs. “Les streamers, c’est des gens simples : Zera, il s’habille en t-shirt et jean, il roule en Peugeot Partner…”

L’avenir est un long passé

Le monde du streaming est très jeune, et son explosion fulgurante rend son contexte futur relativement flou. Pour Zerator et Dach, si le vent vient à tourner, “on verra la vague de lassitude venir. On aura le temps d’accuser le coup.” Pour l’instant, en tout cas, la chaîne est toujours en gain d’audience. Quant aux évènements et aux grands projets, ils se mettent en place tranquillement mais sûrement. “A l’heure actuelle, Zerator se voit vraiment comme un animateur. On a pas forcément vœu de faire 3000 évènements par an : d’autres gens font ça, on a pas de raison de se lancer sur ce chemin”. La ZT Production continue son bonhomme de chemin, en gardant une chose primordiale en tête : traiter des jeux qui l’intéresse.

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