Imaginez avoir cours dans une université partiellement détruite par des explosions ou devoir vous contenter de six heures d’électricité par jour. Amir Hassan, poète palestinien originaire de Gaza, a surmonté tout cela. A la Maison de l’étudiant de Metz, il a témoigné de ce qu’il a vécu pendant ses études.

« Personne n’a peur des bombes, on a toujours vécu avec ». Amir Hassan évoque cet aspect du quotidien à Gaza, comme si c’était une évidence. A ces mots, le public est stupéfié, choqué par la violence qu’il a endurée. Des anecdotes comme celle-là, le poète palestinien en a des dizaines.

Venu à la rencontre des Messins, il raconte comment les Gazaouis, particulièrement les étudiants, organisent leurs vies sous le blocus imposé par Israël.

Étudier sous les bombes

Bien que le blocus dure depuis huit ans, il n’a jamais constitué un frein à la réussite scolaire pour Amir Hassan. Bien au contraire. « Mon père disait qu’après avoir obtenu son diplôme, on avait deux choix : Aller à la fac ou aller à la fac » se souvient le jeune Gazaoui. Pour lui et nombreux de ses compatriotes, « étudier c’est résister » à la violence de tous les jours. Il ajoute qu’aller à l’université « c’est un combat d’existence. C’est se faire une place dans la société » malgré la guerre et la misère.

Une société entièrement scolarisée, qui fait de l’apprentissage une priorité. D’ailleurs, la Palestine figure dans le peloton des pays arabes avec le meilleur système éducatif. Une situation valorisante mais qui ne garantit pas l’obtention d’un emploi. « Environ 60 % des jeunes sont au chômage » se désole Amir Hassan.

Quand certains d’entre eux se résignent à faire des petits boulots mal payés chez eux, d’autres tentent leur chance ailleurs. « La fuite des cerveaux est importante » remarque Amir Hassan. Une frange de la diaspora palestinienne en Occident est constituée de l’élite du pays. « Il y a une centaine de médecin et d’avocats palestiniens qui ont fui Gaza » affirme le poète à titre d’exemple.

Sans pour autant cacher sa désolation, Amir Hassan dit bien comprendre ce qui pousse ces Palestiniens à émigrer sous de nouveaux cieux. D’autant plus qu’il est lui-même concerné. Cela dit, il souhaite revenir à Gaza « pour faire évoluer les choses », mais il admet tout de même qu’il serait difficile pour lui d’obtenir un travail.

Carte Israël - Palestine

Depuis la première guerre israélo-arabe en 1948, les territoires palestiniens ont fortement diminué face à l’extension de l’Etat israélien.

Un Palestinien francophile

Amir Hassan s’exprime dans un français parfait, teinté d’un léger accent arabe. C’est par hasard qu’il découvre cette langue. En allant s’inscrire à l’université, il passe devant le département français qui lui attire l’œil « parce que les infrastructures étaient belles et en bon état car soutenues par la France ». Intrigué, il s’y arrête et décide de se lancer, pendant quatre ans, dans une licence de littérature française.

À Gaza, le français est une langue morte

« La première année, c’était très dur mais en découvrant l’histoire, la richesse culturelle et littéraire du français j’ai été passionné ». A Gaza, ses proches ne comprennent pas son attrait pour cette langue. « Là-bas, le français, c’est comme une langue morte » explique le poète. Qu’importe. Après son diplôme, il devient professeur de français bénévole à l’université.

Quand il a l’occasion d’aller en France pour un voyage linguistique de quelques semaines « on m’a dit : la France tu n’ y vas qu’une fois et après tu reviendras ici ». Sauf qu’Amir Hassan persévère et participe à tous les concours de la langue française qui se présentent à lui. En remportant ces derniers, il parvient à revenir cinq fois supplémentaires en France. Grâce à ces nombreux voyages, il finit par obtenir un poste à Paris, en tant que professeur d’arabe.

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« Il y a deux types de Palestiniens, les Gazaouis d’origine et les réfugiés qui sont présents depuis 1948 et qui représentent 75% de la population» explique Amir Hassan. Le poète est lui-même a grandi à Al Shati, un camp au nord de la bande de Gaza, le long du littoral.

Contrairement au statut de réfugié reconnu par l’ONU aux autres populations déplacées au cours de conflits dans le reste du monde, le statut de réfugiés palestiniens englobe non seulement l’ensemble des personnes qui ont quitté leur région après la guerre de 1948, mais comprend également leurs descendants. Leur nombre a ainsi été multiplié par cinq en cinquante ans. De nombreux dirigeants palestiniens et ONG internationales réclament le retour de cette population sur des territoires aujourd’hui colonisés par Israël.

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Depuis, son engouement pour la France est toujours aussi intense. Amir Hassan aime raconter sa rencontre avec un chanteur d’opéra à Paris qui venait de la Côte d’Or. « Quand il a vu que je savais que c’était le département n°21, il m’a invité chez lui » s’esclaffe-t-il.

Même loin de Gaza, Amir Hassan, comme beaucoup de ses compatriotes espère que la Palestine et Israël arriveront un jour à trouver un chemin vers « Salam » ou « Shalom ». La paix.